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Comme il y a de la science-fiction, Costa-Gavras, auteur des inoubliables Missing et Z, signe avec La Corporación (Le Couperet ), un fil de social-fiction qui dérange; comme tous ceux de ce réalisateur français d'origine grecque
Le Couperet
"La fin justifie-t-elle les moyens?" c'est le sujet de philo que son fils a choisi au bac blanc. Bruno Davert a la réponse et le prouve. Jusque-là, il menait une vie tranquille de bon bourgeois de province. Une épouse qui le chérit, deux enfants modèles, une villa cossue et un juteux job de cadre supérieur dans une usine de papier. Tranquille, quoi. Mais le repreneur de sa société fait le tri dans le personnel. Davert est dans la charrette des licenciés. D'abord il est confiant; il est encore jeune et n'a pas de doute sur sa qualification. Puis le temps passe, il ne trouve rien; il faut réduire le train de vie, sa femme multiplie les petits boulots. Un jour, il décide d'éliminer tous ceux qu'il considère comme des concurrents potentiels aux postes qu'il vise. Un film de guerre.
La guerre économique, qui détruit les rapports humains et sociaux dans la communauté d'aujourd'hui toute entière régie par les égoïsmes et la consommation. Le thème, tiré d'un roman américain publié il y a quelques saisons, ne pouvait que titiller le tempérament d'un Costa-Gavras toujours enclin à fouiner avec sa caméra là où ça fait mal, où ça dérange. On connaît sa manière carrée, ça n'est pas aujourd'hui qu'il va la changer. Sa charge est aussi virulente, radicale, directe et appuyée que les délocalisations, plans sociaux et autres restructurations mis en oeuvre par le système économique qu'il entend dénoncer. Mais toute l'efficacité de son entreprise tient dans l'habileté qu'il met à nous impliquer dans le scénario. Grâce à des interprètes qui nous rendent proches de cette histoire. Face, et aux côtés, d'une Karin Viard à son meilleur dans le registre de la générosité, de la compassion et de l'humain, José Garcia compose un serial killer que l'on n'arrive pas à condamner. Il s'enferme dans une logique que sa sincérité, son raisonnement et son désespoir nous font partager. Troublant. Sophie Rouchon (LPJ-Santiago) jeudi 29 juin 2006
La Corporación (Le Couperet) de Costas-Gavras (2005-118 mn). Coproduction Belgique-France-Espagne avec José Garcia et Karine Viard. Sortie aujourd'hui dans 6 salles. A partir de 14 ans |