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CINÉ - Yacoubian, l’immeuble rétrécit à l’écran Version imprimable Suggérer par mail
mardi 20 juin 2006

L’adaptation du best-seller d’Alaa El Aswany sort aujourd’hui dans les salles. Si la version filmée semble un peu édulcorée, le long-métrage présente toutefois la réalité d’une Egypte quotidienne confrontée à l’injustice et à ses non-dits

C’est aujourd’hui que sort dans les salles le très attendu umaret Yacoubian  (L’immeuble Yacoubian), adaptation du roman éponyme d’Alaa El Aswany. Et, il est déjà certain que le film remplira les salles. A lui seul, le casting est une promesse de vente, le réalisateur Marwan Ahmed ayant réussi à rassembler une brochette de stars, autour de l’idole nationale Adel Imam, des pointures comme Nour El Sherif, Khaled El Sawy et l’actrice tunisienne Hind Sabry. Le film bénéficie aussi de l’engouement médiatique qui entoure le livre d’Alaa El Aswany depuis sa sortie.
Débarqué en 2002 comme un OVNI de la littérature égyptienne, L’immeuble Yacoubian dresse un portrait sans concession de l’Egypte et de ses maux cachés. Corruption du régime, violences policières, phénomène de radicalisation religieuse, l’Egypte se contemple dans un miroir et peut difficilement détourner le regard.
Le principal défi de Marwan Ahmed était donc de traduire en images le réalisme singulier qui a fait le succès du roman. Comme pour toute adaptation, l’exercice est périlleux : là où l’écrivain peut consacrer un chapitre entier à un personnage, le réalisateur doit résumer quelques répliques en une attitude. Un risque d’autant plus élevé que le roman est construit sur une succession de portraits entremêlés.
Une surprenante liberté de ton
Logiquement, c’est là que le film pêche un peu. La déformation apparaît clairement, par exemple, avec le personnage de Hatem Rasheed (interprété par Khaled El Sawy), journaliste homosexuel amoureux d’un jeune militaire. Si dans le roman, l’amant semble finalement prendre un certain plaisir à sa passion interdite, le personnage du film est davantage représenté comme la victime d’un homosexuel calculateur et grossièrement féminisé.
Ceux qui ont lu le roman noteront surtout l’absence du "grand homme", autorité suprême, omniprésente au fil de pages. Une allusion trop peu voilée pour être acceptée sur grand écran. Quand un politique véreux vient réclamer son dû à un député auquel il vient d’acheter le siège, ce sont simplement "d’autres personnes plus puissantes" qui tirent les ficelles. La nuance est peut-être faible, mais on y entend ce que l’on veut.
Le film de Marwan Ahmed jouit tout de même d’une surprenante liberté de ton. Parce qu’il évoque la réalité quotidienne d’une Égypte confrontée à l’injustice organisée et parce qu’il place le spectateur face à ces non-dits qui rongent la société. L’immeuble Yacoubian, même rétréci, reste un énorme pavé jeté dans la marre du politiquement acceptable.
Arnaud Saint Jean. (LPJ – Le Caire) 21 juin 2006

 
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