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De nationalité belge, et élevée en France, Madeleine Crohn a
notamment travaillé pour la Cour criminelle de New York dans les années
1970. Elle est aujourd’hui responsable de CEELI Roumanie, une
initiative du barreau américain pour la réforme de la justice
LPJ - CEELI offre une assistante juridique à tous les niveaux et dans tous les domaines, et vous êtes présents en Roumanie depuis le début des années 1990. En quoi consiste votre travail ?
Madeleine Crohn – CEELI a envoyé en Roumanie un juriste américain en 1991 et nous avons ouvert nos bureaux en 1992. C’est l’une des toute premières organisations à s’être penchée sur la réforme de la justice en Roumanie. Pour ma part, je suis arrivée en 2003 et nous avons notamment travaillé sur le code de la déontologie des juges et des magistrats, nous avons également aidé à créer un code de déontologie pour le personnel des Cours de justice.
Au début de ma mission, les Etats-Unis et l’ambassadeur américain de l’époque (ndlr : Michael Guest), étaient particulièrement soucieux des questions de corruption et de transparence.
Nous avons organisé des séminaires sur l’application de la loi contre la corruption et sur l’accès à l’information, non pas des séminaires de formation mais de réflexion pour les 500 juges roumains avec lesquels nous avons travaillé. Nous leur demandons de réfléchir sur des situations réelles et de donner leur opinion. Et tant pour la loi sur l’accès à l’information que sur le code déontologique, les rapports que nous avons élaborés après ces séminaires ont donné lieu à des révisions et à des amendements qui, je crois, ont été productifs.
LPJ - Est-il toujours facile pour une organisation américaine de travailler pour une réforme de la justice qui se doit de remplir au plus vite les critères européens en vue de l’adhésion prochaine du pays dans l’Union ? Madeleine Crohn – Oui, tout à fait. En premier lieu, nous sommes ici depuis longtemps, il y a une continuité dans notre travail et nous avons une réputation d’honnêteté. Deuxièmement, toute mon équipe est roumaine, et donc très au courant des besoins de la Roumanie. Par ailleurs, chacun a une formation de méthode comparée, c’est-à-dire que nous ne représentons ni un point de vue américain, ni un point de vue roumain, nous analysons un problème avec le plus de recul possible.
Et puis nous pouvons nous appuyer sur les nombreux bureaux CEELI installés de par le monde. Dans la région de l’Europe de l’Est, il en existe 25 avec lesquels nous collaborons afin d’apporter les solutions les mieux adaptées. Ces nombreuses sources d’information nous différencient sans doute d’autres projets.
LPJ - Quelles sont les spécificités de la Roumanie par rapport à d’autres pays dans le domaine de la réforme de la justice ? Madeleine Crohn – Comme c’est le cas en Bulgarie, d’après mes collègues installés là-bas, il y a cette pression que représente l’accession à l’Union européenne. D’un côté, elle a généré plusieurs changements nécessaires. De l’autre, et je dirais que c’est l’aspect le plus difficile car la Roumanie doit faire beaucoup de choses, très vite, et dans tous les domaines, ce qui empêche de penser les réformes en profondeur. Mes collègues roumains qui travailllent dans des institutions sont d’ailleurs souvent surchargés de rapports à rédiger et manquent de temps.
LPJ - Dans la lutte anti-corruption, que pensez-vous de cette obsession pour la chasse aux gros poissons ? Madeleine Crohn – Je me pose des questions. Je ne sais pas vraiment pourquoi certains commissaires européens, des experts et des ambassadeurs focalisent sur les grands corrompus. Mais peut-être que cet effort pour démasquer ce type de personnes est un symbole ? En attaquant les plus puissants, vous démontrez votre volonté de changer véritablement le pays. Par aileurs, on peut estimer que la corruption qui affecte la vie quotidienne des Roumains n’est finalement pas à ce niveau-là, mais plutôt dans le fait de devoir surpayer le médecin pour avoir des médicaments ou le professeur pour obtenir un diplôme…
Cette corruption endémique est beaucoup plus difficile à résoudre, et je ne crois pas que ce soit en mettant l’accent sur la chasse aux gros poissons que l’on règle le véritable problème. Mais personne n’a encore trouvé la formule magique pour changer une façon de pensée héritée d’un lourd passé.
Propos recueillis par Laurent Couderc (LPJ) – vendredi 16 juin 2006
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