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Le directeur du Centre culturel quitte Milan en juillet. Pendant quatre années, il lui a consacré toute son énergie et lui a laissé une empreinte. Retour sur son expérience milanaise
Lepetitjournal.com : Quels sont les objectifs du Centre culturel ?
Jean-Paul Ollivier : Le Centre culturel, qui dépend de l’Ambassade de France, contribue au rayonnement de la langue et de la culture française. Cela passe par l’apprentissage de la langue, la coopération linguistique et la coopération universitaire. Nous avons également pour mission d’organiser les examens de Delf (Diplôme d'études en langue française) et Dalf (Diplôme approfondi de langue française). Les recettes des cours permettent de réaffecter des moyens à d’autres activités qui n’en rapportent pas, comme la coopération artistique.
LPJ : Quelles sont les spécificités du Centre culturel de Milan ?
JPO : Le Centre de Milan représente l’un des plus importants volumes d’affaires en Europe. Avec 2.000 inscriptions par an, nous réalisons environ 2 millions d’euros de chiffre d’affaires. Nous bénéficions d’une grande autonomie car nous nous autofinançons à 90%. Le fait de se trouver à Milan a permis au Centre culturel de développer des relations privilégiées avec les entreprises. Il s’affirme comme l’un des plus dynamiques dans le domaine des cours pour les professionnels et les entreprises nous soutiennent en tant que partenaires de nos événements. Le sponsoring privé atteint presque le niveau du soutien financier de l’Etat.
LPJ : Vous quittez le poste de directeur du Centre culturel en juillet. Quel sera votre prochain poste ?
JPO : Je pars à Kyoto, à l’Institut franco-japonais du Kansai. Je serai parallèlement en charge de la villa Kujoyama, une résidence pour artistes. C’est un bon poste, je suis content.
LPJ : Quel bilan tirez-vous de votre action au Centre culturel ?
JPO : Pendant ces quatre années, j’ai cherché à redonner une visibilité au Centre culturel, une tenue. J’y ai consacré beaucoup d’énergie. Nous avons organisé quatre à cinq expositions artistiques par an, avec un niveau professionnel, principalement dans le domaine du design, de l’art contemporain et de la mode. Le vernissage de la dernière exposition "Défi fantastique" (*), titre clin d’œil, a lieu ce soir.
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"Le contexte politique n’a pas été favorable au français"
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Dans un autre domaine, j’ai réussi à faire descendre les élèves dans la salle de bibliothèque pour emprunter des livres, journaux et DVD, ou participer aux rencontres littéraires. J’ai été cependant déçu par le cinéma, je pensais que la communauté française réagirait plus. Il faut probablement proposer moins de films, en attribuant plus de moyens : organiser un événement autour du film et investir dans un sous-titrage. Autre déception, j’aurais souhaité que les publics, celui de la galerie, celui de la bibliothèque, des cours ou du cinéma, se croisent plus.
LPJ : Quel bilan tirez-vous de votre expérience milanaise ?
JPO : J’ai été heureux ici pendant quatre ans. Mais la ville est tout de même un peu dure, fermée. Et puis, les moustiques, c’est épouvantable !
Milan connaît parfois des fulgurances, mais cela reste une ville de province. Elle s’affirme comme capitale à quelques occasions comme le salon du meuble. Mais on ne sent pas de vision, de leadership politique et culturel. La ville pâtit d’un faible investissement pour la culture. Beaucoup de projets sont en cours, mais on attend encore les réalisations. Les initiatives privées, en revanche, se développent par le biais des fondations. Je ne crois pas beaucoup en la mode, qui ne fait pas adhérer les gens, et Milan a perdu son avance dans les années 90.
Comment la francophonie évolue-t-elle en Italie ?
Entre 1975 et 2000, les inscriptions pour les cours et l’enseignement du français à l’école ont chuté, au profit de l’anglais. Depuis 2000, la situation s’était stabilisée pour le Centre culturel, avec même une reprise entre 2003 et 2005. Avec ses positions sur la guerre en Irak, la France avait la cote. En 2006, les cours collectifs souffrent de la situation économique difficile de l’Italie. Mais les cours pour les entreprises fonctionnent toujours bien. Concernant l’enseignement, le contexte politique n’a pas été favorable ces cinq dernières années. Letizia Moratti (NDRL : ministre de l'éducation de Silvio Berlusconi) a beaucoup encouragé l’apprentissage de l’anglais dans les lycées et les collèges, alors que tous les autres pays européens essaient de promouvoir le plurilinguisme.
Propos recueillis par Corentine GASQUET - LPJ Milan - jeudi 18 mai 2006
(*) "Défi fantastique" dans l'agenda culturel du petitjournal.com
Le site du centre culturel : www.lecentreculturelfrancaisdemilan.it
Parcours
Après avoir réussi le concours d’Inspecteur principal du Trésor, il a "échappé" à la carrière d’inspecteur des impôts en débutant au ministère des Finances dans le domaine de la coopération, principalement en Afrique. Il a très vite intégré le ministère de la Culture. De 1992 à 1995, il a été directeur de production à l’Opéra de Paris, principalement pour l’Opéra Garnier. Il a ensuite rejoint le Centre Pompidou, pendant plus de sept ans, en tant que directeur financier puis administrateur du musée. Depuis septembre 2002, il occupe le poste de directeur du Centre culturel de Milan. A partir de juillet, il aura en charge l’Institut franco-japonais du Kansai et la villa Kujoyama, une résidence pour artistes. |