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Valdôtain d’origine, ancien maire de Levallois-Perret, poète, romancier et essayiste, Parfait Jans se consacre à la défense de la langue française dans la Vallée d’Aoste. Selon lui, la francophonie est devenue quasi souterraine, mais elle reste vivante et refuse de mourir
Lepetitjournal.com : Français d’origine valdôtaine, vous avez été maire de Levallois-Perret pendant dix-huit ans. A quelles activités vous consacrez-vous aujourd’hui ?
Parfait Jans : Après un long parcours dans le professionnalisme et le militantisme politique, j’ai décidé de me consacrer encore plus fort à ma Vallée d’Aoste, ma terre d’origine. Je la vois toujours aussi belle, toujours aussi attachante et pourtant, avec ma longue expérience, je lui trouve aussi beaucoup d’insuffisances. Pour ne pas tomber dans la critique négative, j’ai décidé de contribuer aux efforts des Valdôtains de bonne volonté et j’ai choisi trois chantiers importants auxquels je me sens capable d’apporter ma pierre. La francophonie : romans, poèmes, essais, articles ; nos ancêtres les Salasses : en publiant assez régulièrement un bulletin le Salasse qui évoque le passé et participe aux combats actuels ; le modernisme : en ouvrant un site Internet http://jans-aoste.org qui reçoit une moyenne de 700 visiteurs par mois.
LPJ : Où vivez-vous ? Pourquoi ne vivez-vous pas en Vallée d'Aoste ?
PJ : Je suis né en France et je vis en France pour des raisons familiales. Je passe une semaine tous les deux mois dans la Vallée d’Aoste terre où ont vécu mes deux familles paternelle et maternelle, toutes deux implantées dans la commune de Lillianes dans la vallée du Lys qui descend du Mont Rose.
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"Quand je parle français, on me répond en français"
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LPJ : Quels sont vos engagements associatifs et politiques ?
PJ : Je suis de formation chrétienne, j’ai été membre du Parti communiste français et je conserve de ces deux écoles un fort attachement aux valeurs humaines. A l’heure actuelle, je suis adhérent à l’Association des Levalloisiens d’origine valdôtaine, car dans la commune de Levallois-Perret où je fus maire durant dix-huit ans et député durant quatre législatures, les originaires de la Vallée d’Aoste sont fort nombreux et unis. Je suis aussi un adhérent du Comité des traditions valdôtaines implanté en Vallée d’Aoste et qui édite une revue francophone le Flambeau.
LPJ : La Vallée d'Aoste est-elle une région réellement francophone ? Depuis quand ?
PJ : La francophonie de la Vallée d’Aoste a été reconnue par un décret du Duc Emmanuel Philibert en 1565. La langue française était pratiquée dans toutes les correspondances et actes commerciaux et notariaux. Bien évidemment la langue parlée entre Valdôtains était notre patois franco provençal, mais la langue française était la seule enseignée dans les écoles. Les vieilles lettres en ma possession sont toutes rédigées en français, l’acte de mariage de mes parents, survenu en 1925, est rédigé en français. La Vallée d’Aoste était bien une région francophone, et devrait l’être encore aujourd’hui si la loi italienne était respectée car le statut d’autonomie accordée par l’Assemblée constituante italienne précise en son article 38 qu’en cette région "la langue française est à parité avec la langue italienne". Dans les écoles valdôtaines la langue française est officiellement enseignée, mais les résultats dépendent souvent des enseignants. Plus personne ne parle le français ouvertement, sauf quelques têtus comme moi. Partout où je parle le français, partout je reçois une réponse en français, avec en prime l’accent valdôtain.
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"En Vallée, nous sommes loin du parisianisme"
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Cent cinquante ans de brimades du Royaume d’Italie, puis de la dictature de Mussolini, plus d’un siècle et demi d’interdictions et de pressions médiatiques ont placé la francophonie valdôtaine en état de péril. Certes, la langue française existe toujours, elle est devenue quasi souterraine comme tous les mouvements que l’on essaie de jeter dans la clandestinité, mais elle est toujours vivante et refuse de mourir. Un jour elle resurgira, un jour elle redeviendra la langue du pays. La francophonie valdôtaine est menacée, mais elle ne disparaîtra pas pour la bonne raison que les italophones attachés à la culture italienne rejoindront les francophones afin de barrer la route à la langue anglaise qui unifierait toutes nos cultures.
LPJ : Existe-t-il des spécificités du français valdôtain ? Pourriez-vous donner quelques exemples de mots ou expressions ?
PJ : Un seul exemple : en ce moment le Mouvement autonomiste prépare un congrès extraordinaire et soumet à ses sections un texte à discuter et à modifier éventuellement. Une deuxième lecture aura lieu et cette deuxième lecture est appelée "deuxième tournée". Amusant non ? On se croirait à Marseille devant un groupe d’amis dégustant leur apéritif préféré. En Vallée, nous sommes loin du parisianisme.
LPJ : Peut-on vivre dans la Vallée d'Aoste sans parler un seul mot d'italien ? de français ?
PJ : Oui les deux réponses peuvent être possibles avec à coup sûr un avantage pour la langue italienne, télévision et médias obligent. Mais l’Europe facilitera encore plus les échanges.
LPJ : Existe-t-il des médias francophones ?
PJ : Aucune radio, aucune télévision locale ou italienne francophone, contrairement aux directives européennes. Les Italiens savent mieux que personne au monde tourner les lois en leur faveur. Mais les Valdôtains peuvent capter des radios et télévisions françaises et suisses. Un seul hebdomadaire le Peuple Valdôtain est francophone. Tous les autres journaux, même ceux qui portent un titre en français sont tous écrits en italien. J’ai parlé voici un instant du Flambeau totalement francophone édité par le Comité des traditions valdôtaines.
Propos recueillis par Corentine GASQUET - LPJ Milan - lundi 15 mai 2006
Son parcours
Né en 1926 à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), de parents issus du village de Lillianes, dans la vallée de Gressoney, Parfait Jans a été maire de Levallois-Perret pendant dix-huit ans, député puis conseiller général des Hauts-de-Seine. Aujourd’hui retraité, il se consacre à la défense de la francophonie dans la Vallée d’Aoste. Il est auteur de nombreux romans, pièces de théâtre et essais.
Bibliographie complète : http://www.jans-aoste.org/biblio.html |