|
La présidente de "Ni putes ni soumises", Fadela Amara est à Madrid dans le cadre de l’opération Retratos de Francia. Elle clame son indignation face aux comportements regressifs à l’égard des femmes des cités et suggère des solutions concrètes pour enrayer ce phénomène alarmant
Fadela Amara (Photo LPJ)
4 octobre 2002, Sohanne, jeune fille de 19 ans, meurt brûlée vive dans un local à poubelles de Vitry-sur-Seine. 1er février 2003, la Marche des femmes contre les ghettos et pour l’égalité donne naissance à "Ni putes ni soumises" (NPNS). Slogan provocateur ou réalité gênante ? "Ni putes" répond au "toutes des putes sauf ma mère" des garçons des cités. "Ni soumise" répond aux intellos de gauche qui déclaraient que si les femmes des cités étaient en situation de soumission, c’est parce qu’elles ne se révoltaient pas, s’insurge Fadela Amara. La condition féminine régresse dans les cités. Des interprétations religieuses erronées privent les filles de leur liberté fondamentale. Mais ce sujet tabou ne semble pas être une priorité politique. "Parce que je suis une fille, parce que chacun est responsable de sa vie, parce que le racisme et la xénophobie sont inacceptables, parce que les filles ont toujours eu moins de droits que les garçons", Fadela Amara décide de devenir "une citoyenne active" pour ne plus entendre dire "on ne savait pas". Un mouvement féministe, citoyen, mixte et populaire s’organise alors très vite. Un manifeste de revendications est envoyé à tous les candidats à la présidentielle, excepté le FN. Aujourd’hui, cinq permanents, 100 bénévoles et une soixantaine de comités aident plus de 1.000 femmes des cités, dans la France entière, "pour qu’elles ne rasent plus les murs".
"La laïcité est une valeur fondatrice qui favorise l’émancipation des femmes"
Chômage, pauvreté, dérive communautariste, interprétations religieuses erronées sont des causes indéniables de la violence faite aux femmes. Fadela Amara propose aux politiques de casser les ghettos insalubres, de reconstruire des bâtiments à taille humaine pour favoriser le dialogue entre voisins et d'amener des pôles d’attraction dans ces quartiers (médecins, avocats, entreprises et surtout services publics). La sensibilisation des très jeunes scolarisés est aussi un cheval de bataille de NPNS, action cautionnée par des enseignants de plus en plus soucieux face à l’émergence du machisme dès la maternelle. Il est également essentiel de "créer des passerelles avec les pays européens concernés par une forte immigration et touchés par cette violence faite aux femmes", ce qui explique entre autres la présence de Fadela à Madrid.
Camille DE LA ROCHERE. (LPJ) 11 mai 2006
|