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Le rapport 2006 de RSF pointe du doigt le manque d’indépendance des médias italiens jusqu’aux élections. Comme dans de nombreux pays occidentaux, les journalistes italiens sont également confrontés au problème de la protection de leurs sources
Photo Gilles Caron/Contact Press Images
49e dans le monde, dernière en Europe. D’après le classement de Reporters sans frontières, l’Italie se situe entre le Costa Rica et la Macédoine pour la liberté de la presse. La situation s’est empirée en 2006, l’Italie ayant perdu trois places. Le rapport annuel 2006 place cependant le pays dans la catégorie "situation satisfaisante".
Rendu public quelques jours plus tôt, le classement de Freedom House, une association américaine, octroie à l’Italie la 79e position.
Cas unique en Europe, et très rare dans le monde, la liberté de la presse italienne a souffert d’un conflit d’intérêts pendant cinq ans. Via la Rai, pôle de télévision publique, et son groupe Mediaset, Silvio Berlusconi contrôlait indirectement 90% des parts d’audience de la télévision italienne. L'ex Président du Conseil a utilisé ce pouvoir pour évincer certains journalistes, interdire des émissions satiriques ou encore se mettre en avant. Avant le début officiel de la campagne, il s’est offert une présence médiatique sans précédent. Il a ensuite ignoré les règles de partage d’antenne et ses chaînes ont reçu plusieurs amendes.
La protection des sources en danger
"Avec la fin du conflit d’intérêts, la situation devrait s’améliorer, indique Domenico Affinito, vice-président de RSF en Italie. Mais si l’Italie a perdu trois places dans le classement, cela résulte principalement des nombreuses perquisitions de journalistes."
Le principe du respect du secret des sources, garanti par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’Homme, a été par exemple bafoué lors d’une perquisition à la rédaction du Corriere della Sera au mois de mai, à la suite d’un article intitulé "Irak, le pistolet italien de la guérilla. Le mystère du fantôme Beretta".
Des journalistes ont également subi des pressions de groupes mafieux, politiques ou même de supporters. Les affaires de corruption au sein de l’équipe de football de Gênes et de matchs de championnat truqués ont ainsi exposé plusieurs journalistes à des menaces de mort. Les bureaux de Il Secolo XIX, un quotidien génois, et de La Repubblica ont été assiégés par des "tifosi", armés de pierres, bouteilles et fusées détonantes.
Le vice-président de RSF, association présente à Milan depuis 1999, rappelle aussi le manque d’approfondissement des sujets traités, résultant d’un traitement de plus en plus rapide de l’information, dans tous les pays occidentaux. La nouvelle de la mort du pape Jean-Paul II a fait le tour du monde en moins de 12 heures. Il avait fallu trois semaines pour que les pays les plus lointains apprennent celle de Jean-Paul I en 1978.
Corentine GASQUET - LPJ Milan - jeudi 4 mai 2006
Gilles Caron pour la liberté de la presse
Pour assurer son financement, l’association Reporters sans frontières publie un album de photos consacré au travail de Gilles Caron, grand photoreporter disparu au Cambodge alors qu’il avait 30 ans. En Italie, le livre est vendu dans tous les kiosques distribuant la presse internationale, au prix de 8,90 euros.
www.rsf.org
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