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THEATRE - "Le vieux juif blonde", chronique d'une ado schizo Version imprimable Suggérer par mail
mercredi 03 mai 2006

Le vieux juif blonde, la première pièce de théâtre d’Amanda Sthers, remporte un franc succès et joue les prolongations. Mise en scène par Jacques Weber, Mélanie Thierry donne vie à plusieurs personnages à commencer par ce vieux juif rescapé de la Shoah qu’elle prétend être, devant les yeux médusés de sa famille catholique…

Mélanie Thierry, splendide et touchante

Le vieux juif blonde est un seul et même personnage, mais à deux mémoires. Sophie, une belle blonde de 20 ans, affirme haut et fort : "Les femmes ne sont pas des vieillards. Moi, si." Fille unique d’une famille catholique et fan de golf, Sophie prétend être Joseph Rosenblath, un vieux juif rescapé d’Auschwitz. Cette cohabitation schizophrénique dans la tête de Sophie provoque l’incompréhension de sa mère qui enrage : "elle aurait pu être protestante, bouddhiste, tchétchène, noire, même noire, j’aurais préféré, juive à la limite, mais pourquoi vieux juif ?"
Seule en scène, Sophie, interprétée lumineusement par Mélanie Thierry, fait étal de ces scènes familiales où les malentendus règnent et amusent le spectateur.
En effet, il n’est pas facile d’être un vieil ashkénaze, dans une chemise de nuit rose imprimée avec trois petits cochons dodus roses qui jouent de la flûte. Lorsque la mère accompagne sa fille chez le gynéco, Sophie parle de son incontinence et se contrefiche de la pilule.
Les malheurs de Sophie
Sophie est en pleine crise d’adolescence et préfère endosser la vieille peau de ce Joseph Rosenblath à celle de ses 20 ans. Même les deux psys qui l’ont déjà reçue n’ont pas réussi à trouver les clefs du malaise familial. Ainsi, la jeune fille a choisi la souffrance d’un peuple afin de mieux masquer la sienne.
Mise en scène par Jacques Weber, Mélanie Thierry marche comme un vieillard et tâtonne au contact du monde. Le corps frêle se déplace dans un décor sobre et sombre, où seul un train en mouvement évoque la déportation lors de l’exposition et du dénouement.
Dans cette première pièce, Amanda Sthers ne traite pas à proprement dit de la Shoah. Certes, comme Roberto Benigni dans La vie est belle, la question de la déportation est abordée avec humour. Avec la brutalité des mots et des maux de l’adolescente, certains propos provoquent le rire mais aussi le malaise.
En effet, lorsque Sophie reçoit une claque après avoir insulté sa mère, elle déclare : "Même les officiers nazis n’ont pas osé me giffler". Les malheurs de la blonde Sophie ne sont donc pas ceux de ce vieux Juif.

Véronique BARDAY. (LPJ) 4 mai 2006

Le vieux juif blonde, d’Amanda Sthers
Mise en scène par Jacques Weber, assisté d’Erwan Daouphars
Au théâtre des Mathurins, jusqu’au 31 mai 2006 http://www.theatremm.com/home.htm


Portrait express d’Amanda Sthers
Amanda Sthers (photo AFP) est certes connue pour être l’épouse de Patrick Bruel. Par ailleurs et surtout, elle commence à se faire un nom dans l’écriture. Elle est l’auteur de deux romans Ma place sur la photo (2004) et Chicken Street (2005).
Elle a participé à l’écriture de la première saison de Caméra café et a réalisé des documentaires sur des rescapés de camps de concentration.
En septembre prochain, sa deuxième pièce Thalasso sera mise en scène.
(LPJ – 4 mai 2006)

 
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