Israël n'a pas tenu son engagement en continuant sa colonisation des territoires occupés. Pour son Premier ministre, Benyamin Netanyahu, Jerusalem-Est ne fait pas partie du deal. Les Etats-Unis sont en plein dilemme : exprimer leur désaccord tout en réaffirmant l'amitié entre les deux nations. Faire les gros yeux avec un sourire aux lèvres, est-ce le meilleur moyen de se faire entendre ?
Benyamin Netanyahu et Barack Obama en juillet 2008 (AFP)
Le Premier ministre israélien s'est rendu à Washington pour une visite officielle de trois jours. Apogée de cette visite, Benyamin Netanyahu s'est entretenu hier à deux reprises avec le président américain lors de rencontres à huis-clos dont rien n'a pu filtrer. Selon le personnel de la Maison-Blanche, les discussions ont été cordiales même si les récentes déclarations croisées entre gouvernements américain et hébreu semblaient indiquer que les relations entre les deux nations n'étaient pas au beau fixe.
Un léger froid entre Washington et Tel-Aviv
Il y a quinze jours, alors que le vice-président Joe Biden était en Israël et que Washington venait de décrocher l'accord des autorités palestiniennes pour la tenue de pourparlers indirects, la nouvelle tombe : le ministère israélien de l'Intérieur approuve la construction de 1.600 nouveaux logements à Jérusalem-Est. Les négociations sont tuées dans l'œuf, c'est de nouveau silence radio entre Israéliens et Palestiniens. Les Etats-Unis voient leurs efforts anéantis. Joe Biden "condamne" cette décision, Hillary Clinton la trouve carrément"insultante". "Une avancée vers la paix exige que toutes les parties, y compris Israël, fassent des choix difficiles mais nécessaires", a rappelé la secrétaire d'Etat américaine lundi devant le Congrès annuel de l'American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), le principal lobby pro-israélien aux États-Unis.
Jérusalem-Est au centre de tous les enjeux
Le chef de gouvernement de l'Etat hébreu ne s'est pas laissé impressionner. Il a affirmé devant ce même congrès : "Le peuple juif a construit Jérusalem il y a 3.000 ans et le peuple juif construit Jérusalem aujourd'hui. Jérusalem n'est pas une colonie. C'est notre capitale". Pour Tel-Aviv, la partie orientale de la Ville Sainte, annexée suite à la guerre des Six Jours en 1967, fera toujours partie intégrante d'Israël peu importent les attentes des Palestiniens, qui, eux, espèrent en faire la capitale de leur nouvel Etat. "Nous ne devons pas être piégés par des exigences illogiques et déraisonnables", a souligné Benyamin Netanyahu devant le Congrès. Le Premier ministre a indiqué que le gel total de la colonisation juive exigé par les autorités palestiniennes et la communauté internationale"pourrait suspendre les négociations de paix pour un an encore".
Les Etats-Unis continuent de presser Israël pour qu'il reprenne rapidement le chemin de la table des négociations. "Au final, les deux parties auront à faire des compromis sur Jérusalem, les réfugiés, les frontières et un certain nombre d'autres dossiers", a insisté Philip Crowley, le porte-parole du département d'Etat américain. Le Premier ministre israélien a fait un petit geste en promettant que les colonies de la discorde ne sortent de terre que dans trois ans.
Une amitié intéressée
Washington se contente de quelques réprimandes et réaffirme son amitié et son soutien "solide comme un roc" envers Israël. Pas question de se brouiller avec l'Etat hébreu, d'autant plus si son chef de gouvernement qualifie les Etats-Unis de "plus grande nation du monde". La flatterie dit-on mène à tout. Mais quelle sera la réaction de Washington si l'information révélée par la presse israélienne à savoir la construction de 20 logements à l'emplacement d'un hôtel palestinien à Jérusalem-Est, est confirmée ? Ce nouvel affront de la politique de l'inébranlable Benyamin Netanyahu brûlera-t-il le torchon entre USA et Israël ? A l'approche des élections législatives de novembre et alors que le poids de la communauté juive américaine peut faire basculer la balance électorale, l'administration démocrate pourrait bien se contenter d'une petite tape sur les doigts.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mercredi 24 mars 2010
En savoir plus
Notre article, PROCHE-ORIENT – Joe se prend un bide
Article de l'Express, Rencontre loin des caméras entre Netanyahu et Obama
Article du Monde, Jérusalem : Nétanyahou juge "déraisonnables" les exigences des Palestiniens