Mardi, 14 Février 2012

 

Depuis le lundi 15 mars, la polémique sur les critiques lancées par Christine Lagarde à l’encontre de la politique économique allemande ne cesse d’enfler. Extrêmement mal reçus en Allemagne, ces propos déchirent l’Union Européenne, chaque pays y allant de son petit commentaire dans un contexte déjà extrêmement agité.

Dans une interview accordée au Financial Times le lundi 15 mars, la ministre de l’économie française Christine Lagarde a sévèrement critiqué la politique économique de l’Allemagne, lui reprochant de trop privilégier les exportations par rapport à la demande intérieure en maintenant les impôts à un niveau élevé, aux dépens des autres pays européens. Elle estime que l’excédent commercial allemand est à terme préjudiciable pour les autres pays de la zone euro, à l’heure où la Grèce est confrontée à une profonde crise budgétaire et que d’autres pays de la zone, notamment l’Espagne et le Portugal, pourraient subir le même sort. Christine Lagarde demande donc à Berlin de baisser ses impôts et d'accroître sa demande intérieure afin d'aider les industries exportatrices de ses partenaires en difficulté. "Il est clair que l'Allemagne a accompli un extrêmement bon travail au cours des dix dernières années environ, améliorant la compétitivité, exerçant une forte pression sur ses coûts de main-d'œuvre, a-t-elle déclaré au FTD. Je ne suis pas sûre que ce soit un modèle viable à long terme et pour l'ensemble du groupe [de la zone euro]. Il est clair que nous avons besoin d'une meilleure convergence."

Des propos extrêmement mal reçus en Allemagne
"Que des pays qui ont vécu par le passé au-dessus de leurs moyens et qui ont négligé leur compétitivité en montrent d'autres du doigt est certes humainement et politiquement compréhensible, mais malgré tout injuste", a aussitôt déclaré le ministre allemand de l'économie, Rainer Brüderle (FDP), dans le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, mardi 16 mars. Wolfgang Schäuble, ministre des Finances, a quant à lui utilisé une métaphore originale pour donner son point de vue : “ si l'Olympique Lyonnais jouait un peu moins bien, les choses seraient plus faciles pour le Bayern Munich, mais ce n'est pas comme cela qu'on fait de la politique de concurrence“, a-t-il déclaré lors d’un discours au Bundestag. Les principaux journaux allemands, parmi lesquels Die Welt, la Frankfurter Allgemeine Zeitung ou la Süddeutsche Zeitung ont fustigé les propos tenus par la ministre de l’Economie, de l’Industrie et des Finances française. Seul le Financial Times Deutschland a estimé que sces propos donnaient à réfléchir.

Une Union Européenne divisée
Joseph Pröll, le ministre autrichien des Finances a affirmé “ne pas pouvoir vraiment suivre la critique de Lagarde sur l’Allemagne“. Il a déclaré “être plutôt de l’avis des Allemands“ sur le fait ”qu’il ne faut pas vivre au dessus de ses moyens“. De son côté, Elena Saldago, ministre de l’Economie espagnole a, dès le lendemain de la publication des dires de Christine Lagarde, apporté son soutien à cette dernière.

Devant l’ampleur prise par ses propos, Christine Lagarde a tenté de nuancer ses positions dans un entretien donné à RTL le 17 mars. Estimant que ses dires ont été “très, très manipulés“, elle a laissé entendre que l’Allemagne était, malgré tout, un exemple pour tous les pays de la zone Euro.
Suzanne Reichenbach (www.lepetitjournal.com/berlin.html), lundi 22 mars 2010