Mardi, 14 Février 2012

Londres - Actualité - Londres

Courtesy of the English National Opera

Satyagraha ou quand la philosophie et la géopolitique s’incarnent dans l’opéra. L’English National Opera nous offre une fresque géopolitique où le compositeur américain Philip Glass plonge le spectateur dans les réflexions sur le monde contemporain à travers la figure tutélaire du Mahatma Gandhi

 

 

Satyagraha ou quand la philosophie et la géopolitique s’incarnent dans l’opéra. L’English National Opera nous offre une fresque géopolitique où le compositeur américain Philip Glass plonge le spectateur dans les réflexions sur le monde contemporain à travers la figure tutélaire du Mahatma Gandhi

Courtesy of the English National OperaSatyagraha Alan Oke / Alistair Muir

Les trois piliers de la sagesse de Gandhi

Chacun des trois actes de cet opéra magistral présente chacun des trois ‘spiritual guardians’ de Gandhi qui, selon Philip Glass, firent de l’avocat dandy, jeune Indien résidant un temps en Afrique du Sud, le Mahatma que nous connaissons. Satyagraha est le terme sanskrit pour ce que nous résumons trop rapidement par les principes de non-violence. Dans le premier acte, il s’agit de Tolstoï : Glass est persuadé que l’écrivain russe et Gandhi, qui furent amis, partageaient les mêmes aspirations politiques et spirituelles. Le poète indien mystique Tagore, la grande autorité morale selon le Mahatma, est le centre du deuxième acte quand le troisième acte est consacré à Martin Luther King qui eut les mêmes combats, utilisant les mêmes armes de résistances massives et pacifiques. Pour Gandhi, Tolstoï, Tagore et King représentent respectivement le passé, le présent et le futur d’une seule et même idée : la lutte acharnée et non-violente.

Quand l’opéra et la politique font bon ménage

Politique et opéra semblent être deux mondes sans connexions possibles. Détrompons-nous ! Philip Glass a démontré à d’autres reprises qu’il n’en est rien (Einstein on the Beach ou Akhenaton). John Adams nous a rendu étrangement humaine la géopolitique lorsque les protagonistes (dont Mao) de Nixon in China dansent, désabusés, le foxtrot ! Nous penserons aussi aux opéras et œuvres chantées de Bertolt Brecht. De la même façon, la pensée mise en action de Gandhi et le spectacle monumental que représente l’opéra peuvent sembler antinomiques, Satyagraha vous prouvera le contraire tant la musique de Philip Glass est profonde et pétrie d’une réflexion sincère.

Philip Glass


Pour le néophyte, Philip Glass reste associé à la musique minimaliste et répétitive. C’est oublier que ce compositeur reste l’homme du contrepoint, l’homme de Bach et de Beethoven et qu’il a, dès le milieu des années 70, quitté son radicalisme de jeunesse pour s’intéresser de plus en plus à l’orchestration symphonique. Satyagraha est une porte d’entrée intéressante dans l’opéra contemporain parce que la musique est pleine, plus illustrative et moins minimaliste, parce que l’histoire racontée ne nous est pas inconnue, parce que le personnage principal est proche de nous et que nous nous intéressons à ce qui a construit sa réflexion philosophique et politique, ses trois ‘spiritual guardians’ : Tostoï, Tagore et Martin Luther King. Il est alors intéressant et à la fois étrange que le rideau de velours rouge se lève, une fois n’est pas coutume, sur un monde de nous connaissons et qui nous questionne. C’est la magie Philip Glass !

Jean-Philippe Bottin (www.lepetitjournal.com - Londres) Jeudi 18 mars 2010

Pour en savoir plus : http://www.eno.org/see-whats-on/productions/