Claire, une jeune Française, habite à Buenos Aires. Impossible de rester insensible au charme des Argentins : elle succombe, regrette, récidive. Notre série de l'été, dont certains personnages vous seront peut-être familiers. Neuvième épisode : Fais-moi mal Johnny, Johnny, Johnny !
(Illustration : Pablo Criscaut)
Dans le taxi qui me ramène, seule, à Palermo – en tenue de sport et tacos, à moitié ivre – la tristesse m’envahit. J’ai explosé, laissant jaillir de moi la rancœur accumulée en quelques semaines : la cuvette des toilettes, son haleine de clope, sa vulgarité – non, on ne tripote pas sa copine au resto, oui c’est vulgaire – sa façon de me laisser tout payer, tout ranger, tout nettoyer, tout cuisiner, quelle manière d’abuser de la générosité d’autrui… Je l’ai quitté sur des grossièretés, en en rajoutant, comme d’habitude… Et je regrette, je le regrette, pour les nuits, pour ce qu’il m’a appris sur l’Argentine et sa culture, ses auteurs, ses artistes, l’histoire de la ville et de ses quartiers.
Le lendemain soir, dépitée, je retrouve Laure pour un dîner à la maison avant une fête d’anniversaire. Elle est aux anges que je lui revienne, elle me l’avoue, du coup elle évite le sujet de peur que je change d’avis. On se prépare pour sortir, je fais un effort, la petite bouteille de rosé bien frais qu’on a bue me relève l’animo. Il me l’a dit hier soir : "On ne s’entend pas, on n’a pas la même conception du couple – collé-serré contre liberté, qui a la meilleure ?! – Trouve-toi un franchute." Peut-être m’a-t-il juste poussée à bout pour qu’on en finisse, maintenant que les portes de mon club de sport 100% féminin lui sont ouvertes... L’idylle n’aura duré qu’un mois… Quel échec.
Bref, on part avec Laure dans une relative bonne humeur, on chante dans le taxi qui interroge : "Estàn bien ? Estàn en pedo ?" On rigole, ça fait du bien d’être ensemble après ces semaines de vie en pareja! On arrive devant la boîte de nuit où se célèbre l’anniversaire en pouffant comme deux pimbêches éméchées quand on tombe sur la petite bande de Français, màs o menos nos potes, davantage parce qu’ils sont français que par atomes crochus (en plus Laure "connaît" déjà bibliquement la moitié de la bande et moi, un quart).
On les retrouve avec plaisir, ils sont aussi en pedo que nous. Je discute avec un des types, mignon, jeune, explosif, sexy comme le ciel est bleu, la vie est injuste ; certains naissent avec et d’autres sans… Enfin bon, j’ai qu’une envie, c’est de lui crier : "Fais-moi mal Johnny, Johnny, fais-moi mal !" Sauvée !
Claire (www.lepetitjournal.com/Buenos Aires) le mercredi 17 mars 2010