Alors que la Hongrie a célébré sa fête nationale ce lundi, de nombreuses manifestations patriotiques ont été organisées en Roumanie. Si aucun incident n’a été enregistré, la pression de certains élus magyares de l’enclave sicule (tinutul secuiesc) pour l’autonomie effraie les autorités religieuses orthodoxes de la région
Les Hongrois de Roumanie sont sortis en masse, lundi, pour célébrer la fête nationale de leur pays. Drapeaux hongrois, costumes traditionnels, chants populaires en magyare et messes religieuses : les 1,5 millions de Hongrois roumains ont fêté comme il se doit leur révolution de 1848. Cette célébration a également été l’occasion pour les Sicules, qui représentent la moitié des Hongrois de Roumanie, de rappeler leur volonté d’autonomie. Dans les principaux bastions de l’enclave sicule, qui se concentre dans les départements de Covasna, Harghita et Mures, au centre du pays, on a brandi le drapeau régional et chanté l’hymne local. A Targu Secuiesc, plus de 7.000 personnes ont participé à l’habituel défilé en charettes des habitants des communes environnantes. Le ministre de la Culture, Kelemen Hunor, ainsi que l’europarlementaire Laszlo Tokes étaient présents. Le premier a rappelé que l’autonomie des Sicules sera celle de la « sagesse, du dialogue et du respect réciproque ». « Pour nous, l’autonomie est une institution démocratique, qui fonctionne très bien dans de nombreux pays européens, comme l’Italie et l’Espagne par exemple », a déclaré le second. Mais ce jour de fête a également été l’occasion pour quelques extrémistes de se faire entendre. A Cluj Napoca, plusieurs centaines de jeunes Hongrois ont défilé dans les rues en scandant des slogans nationalistes comme : « L’enclave sicule n’est pas la Roumanie. »
L’appel à l’aide de l’archevêque orthodoxe de Covasna et Harghita
Mais ce sont les provocations du Parti civique magyare qui ont surtout été la cause de la colère de certains politiciens et religieux roumains. Vendredi dernier, lors de leur assemblée générale, quelques 300 élus locaux de l’enclave sicule ont voté pour que la langue hongroise devienne officielle dans les départements de Covasna, Harghita et Mures, au même titre que la langue roumaine. Cette décision, qui n’a aucune valeur juridique, devrait être proposée au Parlement roumain dans les jours à venir. Mais s’en est trop pour l’archevêque orthodoxe de Covasna et Harghita, Ioan Selejan. « Dans cette région, ce ne sont pas les Magyares, mais nous, les Roumains, qui sommes minoritaires et qui avons besoin d’une protection significative de l’Etat roumain », a-t-il déclaré, lundi. Et d’ajouter : « Nous demandons au ministre de l’Intérieur de venir très rapidement dans cette région et nous souhaitons qu’une commission parlementaire soit créée pour analyser la situation. » Le leader de l’UDMR (Union démocrate des Magyares de Roumanie), Marko Bela, a tenté de calmer les esprits en déclarant que l’assemblée générale des élus locaux de l’enclave sicule « n’était pas représentative, ni de la communauté magyare, ni de l’enclave sicule ».
Jonas Mercier (www.lepetitjournal.com/Bucarest) mercredi 17 mars 2010