Mardi, 14 Février 2012
La France compte sur le nucléaire civil pour obtenir des contrats à l'étranger. Pour rester compétitive, la filière tricolore pourrait donner dans le nucléaire low-cost mais sans pour autant sacrifier la sécurité. Vendre des réacteurs, la nouvelle poule aux œufs d'or française ?  

(Rédaction Internationale) – L'Etat français ne cache pas ses ambitions dans le domaine du nucléaire civil. "La France veut coopérer avec tous les pays qui souhaitent le nucléaire civil", a déclaré Nicolas Sarkozy à l'ouverture lundi de la conférence internationale sur l'accès au nucléaire civil, donnée au siège de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à Paris.

Les atouts du nucléaire
"La population mondiale croît et s'enrichit. Nous aurons besoin de 40 % d'énergie en plus d'ici à 2030", a souligné le président français. Selon la World Nuclear Association, près de 450 réacteurs (AFP) devraient être construits d'ici 2030 dans 65 pays, notamment au Moyen-Orient (Jordanie, Emirats Arabes Unis, Libye, Syrie ou encore Israël). "Le nucléaire civil peut être aux yeux de la France le ciment d'une nouvelle solidarité internationale", a expliqué Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat n'a pas été tendre avec les banques internationales de développement, notamment la Banque mondiale, qui n'aident pas le financement de la construction des réacteurs. "Il y a là matière à scandale", a-t-il déclaré. La conférence a mis en avant les vertus de l'énergie nucléaire civile notamment dans le cadre du développement économique et de la "lutte contre le réchauffement climatique", celle-ci ne produisant que très peu de CO2.

La France en est-elle capable ?
La France, qui produit déjà 75% de son électricité via la filière nucléaire, veut devenir le leader de l'exportation de la technologie nucléaire civile. Ses débuts ne sont malheureusement pas brillants : en décembre, l'Hexagone a perdu un contrat de 20 milliards d'euros pour la construction de 4 réacteurs à Abu Dhabi (Emirats Arabes Unis) au profit des Sud-Coréens. La France n'avait pas d'outil de formation des ingénieurs, de contrôle des installations et de sûreté indépendante. Le président a donc annoncé la création d'un Institut international de l'énergie nucléaire regroupant les meilleurs spécialistes français, qui ouvrira des centres de formation à l'étranger. Le manque de compétitivité des Français tient également dans le fait que son réacteur de 3e génération de type EPR ne répond pas "forcément aux besoins du client", car trop puissant et onéreux. Le catalogue devrait donc être élargi. Areva développe des réacteurs de 3e génération plus petits, comme l'Atmea (de 1.100 MW), qui sera commercialisé au printemps 2010. On parle également de réacteurs de 2e génération plus anciens donc moins chers mais aussi moins sûrs.

C'est pas dangereux ?
Si en Europe, Tchernobyl oblige, on ne rigole pas avec les mesures de sécurité, le reste du monde est moins regardant.  La France alléchée par les plusieurs centaines de milliards d'euros dégagés par ce nouveau marché serait-elle prête à faire dans le low-cost pour rester compétitive? Alors que l'Iran et la Corée du Nord se paient la tête de la communauté internationale, la sûreté du nucléaire civil reste primordiale. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso a demandé au reste du monde de s'aligner sur l'U.E, qui depuis juin 2009 a adopté"un cadre communautaire pour la sûreté des installations nucléaires" . "Il ne peut pas y avoir de développement du nucléaire civil sans engagement de la transparence", a abondé le président de la République, qui souhaite "qu'un organe indépendant sous l'égide de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique, dépendant de l'ONU) établisse sur des bases scientifiques et techniques incontestables une grille d'analyse internationale".

L'organisation "Sortir du nucléaire" reste méfiante. "Tant qu'il y aura des centrales, il y aura des bombes", écrit-elle dans un communiqué. Pollution, déchets radioactifs, risques d'accident ou d'attaque terroriste, "le nucléaire représente un danger global", avertit l'organisation. Elle recommande aux Etats de se tourner "vers d'autres options sûres et prometteuses (efficacité énergétique, énergies renouvelables) plutôt que vers une technologie dangereuse et coûteuse".
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mercredi 10 mars 2010

En savoir plus

Notre article, PROCHE ORIENT – La France revendique sa place
Article du nouvel Obs, Sarkozy plaide pour le développement du nucléaire civil
Article de 20 minutes, Le nucléaire civil a le vent en poupe