Vendredi, le Conseil des ministres a adopté un décret électoral controversé. Objectif : mettre fin au problème des listes électorales non admises en Lombardie et dans le Latium en vue des élections régionales. Le point sur une question compliquée au centre du débat politique
Les faits
Au début de la semaine dernière, coup de théâtre dans une campagne électorale jusque-là relativement peu agitée. Suite à des plaintes présentées par des partis d’opposition, deux listes du Partito della Libertà de Silvio Berlusconi ne sont pas admises à se présenter en Lombardie et dans le Latium. Les raisons de cette invalidation sont purement formelles, d’ordre administratif : toutes les signatures de soutien pour la candidature de Roberto Formigoni en Lombardie n’auraient pas été authentifiées de manière correcte, alors que la liste de Renata Polverini dans le Latium aurait été déposée hors délai. Un véritable coup dur pour le parti : Roberto Formigoni, président sortant, est une personnalité en vue de la coalition au pouvoir. Quant à Renata Polverini, elle avait de fortes chances d’obtenir la victoire dans une région jusque-là de centre-gauche. Lombardie et Latium, c’est-à-dire le cœur politique et le cœur économique du pays…
Les recours
Les réactions ont été immédiates : des recours en appel et auprès des tribunaux administratifs ont été présentés. Jeudi dernier, un premier recours a été accueilli partiellement pour Renata Polverini dont la liste pour les élections régionales a été acceptée. Vendredi en revanche la Cour d’appel de Milan a répondu négativement au recours présenté par Roberto Formigoni. La majorité a fini à demi-mots par admettre et déplorer l’amateurisme dont avaient fait preuve les personnes responsables de la confection et du dépôt des listes. L’opposition, tout en se disant contrariée à l’idée de priver les électeurs de la possibilité d’un véritable choix démocratique, s’est opposée à une solution d’ordre législatif et a repoussé l’idée d’un report des élections dans les régions concernées : pour elle, la solution ne pouvait venir que des tribunaux compétents.
Une solution fortement critiquée
Des élections sans le parti représentant la majorité relative dans le pays étaient-elles envisageables ? Dans le même temps, était-il possible d’ignorer des règles et des lois nécessaires à toute démocratie ? Selon la théorie du "moindre mal", le chef de l’Etat, G. Napolitano a accepté de signer le décret "salvaliste" approuvé vendredi 5 mars en Conseil des ministres (une interprétation des lois en vigueur en matière d’enregistrement des listes et non une modification de la loi). L’opposition a fortement critiqué le décret d’autant plus que, sur ces entrefaites, le tribunal administratif de Milan s’est prononcé en réintégrant la liste du PDL en Lombardie. Le Partito democratico annonce une grande manifestation à Rome pour le 13 mars, mais l’opposition est divisée : l’Italia dei Valori parle de coup d’Etat et met en cause le rôle actif du président de la République. A Rome, Emma Bonino, candidate à la présidence de la Région Latium pour les partis d’opposition, envisage de retirer sa candidature : sa décision devrait être rendue publique aujourd’hui. Une chose est sure, la campagne électorale a pris une direction inattendue…
Christine Correale (www.lepetitjournal.com – Turin) mardi 9 mars 2010