La Coupe du Monde de football est une véritable aubaine pour l’économie du pays organisateur, c’est un fait. En revanche, les retombées économiques ne profitent pas seulement au pays hôte : c’est le débat récurrent qui anime le pays depuis le début de l’année 2010 avec notamment l’affaire Zakumi et la réponse des Kuduzelas …
(les peluches Zakumi et les Kuduzelas pourraient bien être les produits dérivés les plus rémunérateurs durant la Coupe du Monde, crédits photos : Alexandre Capron)
Le Zakumi de la discorde
A la fin du mois de janvier 2010, le scandale éclate : Zakumi - le léopard aux cheveux vert, mascotte officielle de la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud et destiné à être produit en peluche en plusieurs millions d'exemplaires - va être fabriqué en Chine ! Shiaan-Bin Huang, représentant de l’ANC au Parlement pour le développement économique, crée la polémique en signant le contrat d’exclusivité de fabrication de la mascotte avec une entreprise de Shanghai (Shanghai Fashion Plastic Products & Gifts) privant ainsi l’industrie sud-africaine d’un produit dérivé extrêmement rémunérateur.
"La décision a été approuvée par la FIFA et Global Brands Group (NDLR : partenaire de la FIFA dans la gestion des produits dérivés), que voulez vous que j’ajoute de plus ?" déclare Shiaan-Bin Huang. "Ce choix est celui de l’efficacité, car produire ici en de telles quantités n’est pas possible actuellement". En effet, on parle de 2,3 millions de peluches devant être disponibles avant fin mai, le tout réalisé par plus de 500 travailleurs chinois - souvent très jeunes - payés 23 Rands par jour pour 13h de travail. Cela doit être ça "l’efficacité".
La contre-attaque des Kuduzelas
"C’est tout simplement scandaleux ! " déclare le porte parole de la Cosatu (NDLR : Congress of South African Trade Union, organisation en charge de la protection du commerce sud-africain), car nous avions demandé aux responsables de faire en sorte que les produits soient fabriqués en Afrique du Sud pour créer de l’emploi et défendre nos valeurs, notre culture". Pour contrer cette décision, le comité local d’organisation vient de lancer un produit destiné à séduire les fans recherchant un produit typiquement sud-africain : le kuduzela.
Dérivé d’un vuvuzela, instrument ressemblant à une corne de kudu, il est le fruit d’un partenariat entre la SANParks, la FNB, et Kudu Kudu Manufacturing. Un choix approuvé par Danny Jordaan, directeur du comité d’organisation de la Coupe du Monde : "La corne de kudu était utilisée dans les communautés tribales africaines pour réunir les différentes tribus en cas d’attaque ennemie. Le kuduzela va remplir ce même rôle, et appeler tous les sud-africains, tous les amoureux du football du monde entier, sur le "champ de bataille" symbolique qu’est le football".
Un bon exemple montrant que l’esprit d’entreprise, les partenariats et la confiance en l’industrie locale peuvent permettre à l’Afrique du Sud de tirer les bénéfices des 7 milliards de revenus attendus pour cette Coupe du Monde sans forcément transiter par la case mondialisation.
Alexandre Capron – lepetitjournal.com/johannesbourg.html – lundi 8 mars 2010