Mardi, 14 Février 2012

Une démographie peu dynamique, une politique familiale quasi inexistante : une enquête récente permet de se faire une idée de la population italienne, de prévoir son évolution et de tirer les conséquences sociales et économiques de la situation dans une Italie de plus en plus multiethnique

Une croissance zéro compensée par l’immigration
Comme chaque année, l’ISTAT (Istituto nazionale di statistica) vient de brosser un tableau de la situation économique, sociale et démographique de l’Italie dans un ouvrage intitulé "Noi Italia. Cento statistiche per capire il Paese in cui viviamo". Loin d’être isolées, ces statistiques sont systématiquement replacées dans un contexte européen.  D’un point de vue démographique, on y apprend par exemple qu’en 2008, le taux de mortalité a été de 9,8 pour mille (c’est la moyenne européenne)  alors que le taux de natalité est l’un des plus bas d’Europe, de l’ordre de 9,6 pour mille. Plus de décès que de naissances… Avec 1,41 enfant par femme, le taux de fécondité est en effet l’un des plus bas d’Europe. Précision importante, ce taux est en augmentation : il avait atteint son niveau le plus bas en 1995 (1,19 enfant par femme). Malgré tout, on constate une légère croissance de la population (+ 0,7% par an), essentiellement grâce à l’immigration.

100 jeunes pour 143 personnes âgées 
Cette population en légère croissance devient de plus en plus âgée. Avec une espérance de vie de 84 ans pour les femmes et de 79 ans pour les hommes, l’Italie se classe en tête du classement en Europe. A en croire l’indice de vieillesse, c’est-à-dire le rapport de la population des 65 ans et plus, à celle des 0-14 ans, l’Italie est le deuxième pays le plus "vieux" d’Europe, juste après l’Allemagne : on y compte 100 jeunes pour 143 personnes âgées.  Plus encore, certains chiffres montrent un déséquilibre évident : en 2008, les personnes potentiellement en âge de sortir de la population active ont dépassé de 20% le nombre de personnes potentiellement en âge d’y rentrer.

Les défis de demain
L’avenir économique et social de l’Italie tient dans ces quelques chiffres. Sur qui reposera la croissance de l’économie ?  Qui financera le système de retraite d’une population âgée de plus en plus nombreuse et vivant de plus en plus longtemps ? Ce problème crucial ne semble pourtant pas être considéré comme une priorité par l’Italie. C’est ainsi que le projet de réforme fiscale émis par le président du Conseil après les vacances de Noël (avec un volet important pour les familles, comme l’introduction du quotient familial) a été vite abandonné devant le manque de moyens financiers nécessaires, alors que le lien direct existant entre les pays européens à "fort" (tout est relatif)  taux de fécondité et les politiques traditionnelles d’aide aux familles n’est plus à prouver. Autre thème brulant, celui de l’immigration : aujourd’hui, 6,5 % de la population italienne est d’origine étrangère. Entre 2001 et 2008, le nombre d’étrangers en situation régulière sur le sol italien a été multiplié par deux, passant de 2 millions à 4 millions. La société multiethnique est encore une nouveauté dans un pays habitué, pendant des décennies, à voir ses enfants émigrer sous d’autres cieux.
Christine Correale. (www.lepetitjournal.com – Milan) jeudi 4 mars 2010
(article initialement publié dans l'édition de Turin du 19 janvier 2010)

Crédit photo ISTAT