Nathaly Valenzuela, 24 ans, s’est lancé un pari fou : réaliser entièrement un long-métrage en se servant uniquement d’internet pour réunir une équipe et collecter des fonds. "El Utero" est un film en gestation, dont accouchera toute une communauté d’internautes
Photo N.V
Nathaly Valenzuela a un scénario, trois actrices pour l’interpréter, la moitié d’une équipe technique et un lieu, sa maison à Valparaíso. Il manque le reste : les fonds et quelques professionnels.
Sur son site, Nathaly, cinéaste autodidacte, convie tous les internautes à apporter leur grain de sel à son projet. Ainsi, photographes, écrivains, musiciens, beaucoup d’artistes ont déjà apporté leur contribution, envoyant des chansons, ajoutant des lignes au scénario, ou créant des logos pour le futur film.
D’autre part, elle refuse de faire appel aux subventions de l’Etat (Fondart) car elles sont, selon elle, orientées en fonction d’un seul genre d’art, très conventionnel. "Mon projet, atypique, n’aurait aucune chance", ajoute-t-elle. La solution ? Faire renaître le mécénat : un soutien financier apporté par un particulier ou une entreprise à une création artistique. Ainsi sur son site, on peut faire des dons d’argent, même d’une somme très mineure, pour financer la création du film.
"Protéger l’art de manière intelligente"
En échange de cette aide qu’elle reçoit d’internet, tout le scénario, et les scènes filmées seront disponibles sur le site : "Le film sera protégé non pas par la licence "copyright", obsolète selon moi, mais par "Creative commons", qui permet une bien plus grande liberté. Chacun aura le droit d’utiliser le matériel cinématographique crée (bouts de film non-montés, musique…) à condition que soient mentionnés les noms des auteurs originaux, et que ce ne soit pas une activité à but lucratif. Ce que je veux, c’est qu’on se serve de mon travail pour créer autre chose, voire d’autres versions du film", dit Nathaly. Une forme de communiquer et de créer qui représente le futur, selon elle.
Un projet atypique
Nathaly a étudié le cinéma à Valparaíso mais a interrompu le cursus avant la fin, car "la seule manière d’apprendre, c’est de faire", affirme-t-elle en souriant. Mais c’est quand elle est tombée enceinte, il y a 2 ans, que l’idée d’"El utero" a germé. "Je veux parler de ce qui est propre à la mère. Tous mes personnages principaux sont des femmes, ce qui n’était pas prévu mais est arrivé, par le biais des internautes", ajoute-t-elle. Dans le film, Javiera, la mère, vit avec Violeta, sa petite fille de 6 ans, à Valparaíso, et l’éduque chez elle à la manière de Nietzsche, l’éveillant à la musique, à la peinture, mais aussi aux lettres et au sport. Mais Javiera est condamnée par un cancer à l’utérus, et appelle à l’aide Camila, une amie qui vient vivre avec elles. Nathaly compte tourner dans sa future maison, à Valparaíso, quasiment au quotidien, puisque ses trois protagonistes y vivraient le temps du tournage. "Le film doit être spontané, honnête et pas seulement un jeu d’acteur talentueux. J’ai adapté mon scénario pour qu’il corresponde à mes actrices", conclut Nathaly.
Mathilde Nicolaï (www.lepetitjournal.com Santiago) vendredi 5 mars 2010
Pour en savoir plus sur le projet de film « El Utero » : le site