De pierres et d’encre, le dernier livre d’Anne Garrigue, nous emmène au cœur du Huizhou et de ses anciennes maisons de marchands lettrés, aux murs de pierres blanches et aux toits de tuiles grisés, percés par les puits du ciel. Un voyage au cœur des traditions hans et de la culture confucéenne, qui inspirent si largement le renouveau de la Chine d’aujourd’hui
Crédit photo Anne Garrigue/éditions Philippe Picquier"
Ce livre est d’abord le fruit de rencontres avec des gens", dit Anne Garrigue en préambule. Les gens qui lui ont fait découvrir la région du Huizhou pour laquelle elle a eu un vrai coup de cœur. Les gens qui l’ont aidée à faire ce livre : elle cite et montre pêle-mêle le photographe Zhang Jianping qui est l’auteur des images qui jalonnent les pages, Wang Yan, le fondateur de Sina.com qui a préfacé l’ouvrage, ou encore son amie Hanyu, qui l’héberge lors de ses déplacements dans la région. Les gens enfin qu’elles a rencontrés sur place, qui lui ont ouvert leurs maisons et leurs souvenirs et, ce faisant, ont permis à son livre d’exister.
Sur la trace des Hans Au pied des Montagnes Jaunes, l’ancienne province du Huizhou a connu son essor sous les Ming. Les jeunes de cette région, pauvre à l’époque, partaient d’abord pour survivre. Devenus marchands en vendant du thé, du bois ou du bambou, ils obtiennent ensuite le monopole du commerce du sel de la part de l’empereur. Enrichis, ils deviennent banquiers et s’allient aux Mandarins. Au soir de leur vie, telle la "feuille tombée à la racine de l’arbre", ils reviennent vivre dans les maisons de pierre qu’ils avaient fait construire pour leurs familles restées au village. Leur apogée s’est achevé avec le déclin des Qing et la révolution de 1949 qui marque le coup d’arrêt de la prospérité. Ceux qui ne s’enfuient pas à Taïwan s’appauvrissent et retournent au travail de la terre. Aujourd’hui, s’ils habitent les riches maisons de leurs ancêtres, ils vivent comme des paysans. "
Presque comme des squatteurs", dit Anne Garrigue. Mais à travers eux, ce sont les traditions de la culture han qui se perpétuent.
A travers l’architecture caractéristique de la région et les traces partout présentes de l’artisanat, ce sont toutes les expressions d’une société néo-confucéenne qui se révèlent à nous : une société clanique dont l’axe est le culte des ancêtres et la piété filiale ; la maîtrise du fengshui – d’ailleurs, l’un des villages, Wan’an fabrique encore les boussoles ou
luopan - ; les maximes écrites sur les duilian, ces panneaux de bois suspendus dans les salons d’honneur…
"Il faut faire le bien pour que les descendants soient heureux", ou encore
"Il est bon de lire beaucoup pour savoir écrire". Les femmes ont joué un rôle essentiel dans la transmission de cette culture puisque, fait rare à l’époque, elles étaient en charge de l’enseignement donné aux enfants. La région en a gardé une réelle tradition d’apprentissage et de goût pour l’étude.
La prise de conscience d’un patrimoine à sauvegarderLa révolution culturelle n’a pas détruit totalement ces villages. Certains des habitants racontant qu’à l’époque, ils ont enduit les boiseries et peintures de boue et recouvert le tout de portraits de Mao pour les protéger. '
Je n’aimais pas les Gardes Rouges, a confié l’un d’eux à Anne Garrigue,
je trouvais ça beau et en plus, j’étais fils d’ouvrier ! ".
Aujourd’hui, l’administration de la région, les habitants, les nombreuses personnalités qui sont originaires du Huizhou – dont Hu Jintao – ont de plus en plus conscience qu’il faut préserver ce patrimoine exceptionnel. C’est difficile car, par principe, les autorités encouragent le développement du tourisme, avec les risques de dérive que cela entraîne. Mais surtout, Anne Garrigue souligne à quel point les Chinois sont encore démunis pour trouver le bon équilibre entre le développement touristique et la conservation du patrimoine. Manque de formation, manque de culture, manque d’aides et de subvention… Pourtant, c’est dans cette région qu’est né ce mélange si particulier entre le rôle de l’Empire et les initiatives privées. Le renouveau de la Chine permettra-t-il au Huizhou de renouer avec cette tradition ?
Aude Riom (www.lepetitjournal.com – Shanghai) Lundi 8 février 2010Informations complémentairesAnne Garrigue, auteur de plusieurs ouvrages sur l’Asie et rédactrice en chef de Connexions le magazine de la CCIFC, est venue présenter
De Pierres et d’encre à la galerie Art+Shanghai le mardi 2 février dernier.
Auteur : Anne Garrigue
Photographe : Zhang Jianping
Editions Philippe Picquier
Disponible partout en France et sur Internet (5 jours d’acheminement).
La soirée était organisée au profit d’A Pleines Mains.
ART+SHANGHAI GALLERY
22 Fumin Lu House 2 (near Yan An Lu)
富民路 22 弄 2号(近延安路)
200040 Shanghai
(+86-21) 62 48 43 88
www.artplusshanghai.comhttp://apleinesmains.e-monsite.com
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http://www.lepetitjournal.com/content/view/38889/1981/