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Le week-end pascal s'annonçait traditionnel lorsque débarque la fiancée du fils au sein de "la Sainte famille", renvoyant chacun à ses démons et à ses doutes. Une vraie illustration sociologique de la société chilienne
Il faut une certaine audace pour ne pas se laisser décourager par l'affiche de "La Sagrada familia", qui présente lourdement son héroïne principale : regard torve et décolleté désespéré, un verre de rouge à la main et une cigarette dans l'autre. Heureusement ce premier film de Sebastian Campos, déjà auteur de courts-métrages et de clips, est beaucoup mieux que son affiche. Certes, on s'en doute un peu, "la Sainte famille" (parents en crise de la cinquantaine, fils écrasé par papa, petite amie pas timide) qui passe le week-end de Pâques dans sa maison de plage ne se comporte pas très chrétiennement.
Infidélité, homosexualité et désordres en tout genre planent sur le film sans cependant lui faire mériter son interdiction aux moins de 18 ans. C'est justement le traitement des thèmes tabous, plus suggérés que montrés qui rend le film intéressant. Il offre une illustration de la société chilienne d'aujourd'hui, très "double standard", comme les Chiliens la qualifient eux-mêmes. Traduction : des conduites privées bien différentes d'une morale à laquelle tout le monde adhère.
Proche du documentaire
Tourné en temps réel - trois jours - caméra à l'épaule avec des dialogues improvisés (les variantes proposées par les acteurs ont nécessité 10 mois de montage), "La Sagrada familia" prive le spectateur de belles images malgré l'intense présence du Pacifique.
Le réalisateur nous invite à passer ce week-end avec une famille de Santiago "gauche whisky", sans chercher à mettre les petits plats dans les grands. Ils sont, comme leurs jeunes voisins, sans artifice. Tour à tour, attendrissants, paumés et pervers, tous les sept ont en commun un immense besoin d'amour. Ce petit monde en vase clos agace parfois, mais au travers de lui se dessine une société en plein bouleversement.
A recommander particulièrement à des amis étrangers de passage pour son aspect sociologique.
Sophie ROUCHON. (LPJ - Santiago) 17 avril 2006
La Sagrada familia (Chili, 2005) - 99 mn. Ecrit et réalisé par Sebastian Campos. Avec Nestor Cantillana, Coca Guazzini, Patricia Lopez, Sergio Hernandez. Premier prix au festival 2006 du cinéma latio-américain de Toulouse (voir notre édition du 29 mars) |