Mardi, 14 Février 2012
Dès ses prises de fonction à la présidence de l'UE, l'Espagne avait indiqué sa volonté de rapprochement vers Alger. Mais l'accord d'association signé avec l’UE passe mal à Alger, tandis qu’avec Madrid, les rapports restent difficiles

Les 7 et 8 janvier derniers avait lieu le sommet Zapatero-Bouteflika dans la capitale madrilène. Au programme on attendait l'énergie, le Sahara occidental et l'immigration.
Cette réunion de haut niveau entre Algérie et Espagne, la 4e,  était attendue depuis longtemps. En effet, elle devait avoir eu lieu en février 2008 ; seulement, à l'époque, les tensions politiques dans le Sahara occidental et la position espagnole sur le sujet avaient poussé Alger à suspendre la rencontre. Si ce sommet de janvier a été possible, c'est  que Madrid a mis de l'eau dans son vin. Le gouvernement espagnol a d'abord réaffirmé n'avoir jamais reconnu la souveraineté du Maroc sur le territoire du Sahara occidental. Il faut rappeler que ce territoire désertique est source de discorde entre les grands États de la région. L'Espagne a ensuite repris une position de témoin neutre dans ce conflit, en attendant la mise en place des résolutions de l'ONU.

L'énergie, un dossier complexe
Cependant, sur de nombreux autres sujets, les positions respectives des deux pays restent verrouillées. Parmi ceux-ci, l'énergie. Au niveau énergétique, on pourrait même parler de crise Europe-Algérie puisque, depuis 2008, l'accord d'association signé entre les deux parties est à l'arrêt. Les Algériens reprochent à l'accord, signé en 2002 à Valence, d'avoir été négocié dans une position de faiblesse et de n'être intéressant que pour les Européens. Bruxelles, ne voulant pas prendre le risque d'enterrer le partenariat, s'est récemment déclaré prête à reprendre les négociations.
Mais au niveau algéro-espagnol, les divergences quant à l'énergie sont plus profondes. Alger accuse Madrid de ne pas vouloir laisser travailler les entreprises algériennes sur son territoire. La Sonatrach, courtier en énergie et actionnaire de Medgaz, le futur gazoduc reliant l'Algérie à l'Espagne (2014), a eu beaucoup de difficultés pour obtenir le respect de son droit d'exploitation de la nouvelle infrastructure en Espagne. Autre exemple : à la société Sonelgaz, est toujours refusé le droit de commercialiser directement l'électricité en Espagne. Pour de nombreux officiels algériens, ces mesures sont une parade protectionniste de l'Espagne. "Chaque fois qu’il y a possibilité pour nos entreprises d’entrer dans la concurrence ou bien d’essayer de pénétrer le marché en Europe, il y a des difficultés. Les pays européens essayent de maintenir une position dominante et défendre leur économie", dénonçait il y a peu Chakib Khelil, ministre algérien de l'Energie et des Mines. L'Espagne répond à cet argument en expliquant que l'Algérie aussi doit travailler à des lois facilitant les échanges commerciaux entre entreprises locales et européennes.

Une sortie de crise par l'accord d'association avec l'UE
On attendait donc du sommet bilatéral qu'il fasse avancer le travail de rapprochement dans les dossiers les plus délicats. L'immigration notamment devait être abordée pour trouver des solutions à ce véritable problème humanitaire. Au final, on n'aura eu droit qu'à une modeste déclaration conjointe, structurée en 37 points, qui engage les deux partenaires à travailler à la résolution des conflits et à relancer les échanges entre Algérie et Espagne. Aucun accord n'a été signé entre les deux pays. Pour un vrai travail de fond sur les différends importants, il faudra probablement attendre le futur conseil d'association UE-Algérie. L'accord devrait voir le jour courant 2010, selon les conclusions de la mission européenne en visite à Alger, en fin de semaine dernière.

François KOCH (www.lepetitjournal.com - Madrid) lundi 8 février 2010