Rétrospective estivale des interviews "communauté". Aujourd'hui, Luc Girard, responsable du Service Emploi et Formation à la Chambre de Commerce et d'Industrie Franco-Argentine (CCIFA), fait le point sur "le nouveau scénario" apparu en 2009 et conseille les candidats
(Photo : DR)
Quels sont l’historique et les missions de votre poste ?Le poste du service Emploi et Formation a été créé officiellement en 1999 dans l’objectif de répondre aux besoins des entreprises franco-argentines, de leurs employés et des candidats français. Ce service est appuyé et supervisé par le ministère français des Relations Extérieures par l’entremise du Consulat Général de France en Argentine.
Avec la crise de 2002, la dévaluation combinée à l’incertitude économique permettait difficilement aux entreprises de projeter de nouvelles embauches et l’intérêt des candidats français pour le pays s’en est vu affecté.
Heureusement, dès 2003, suite à la reprise économique, les entreprises et les candidats ont de nouveau manifesté leur intérêt pour le pays et le poste est devenu plus dynamique.
Afin de faire connaître le service, j’ai entrepris
"la tournée" des entreprises françaises pour présenter le service et collecter les offres, et ainsi chercher la meilleure adéquation avec les demandes.
Quels sont les critères de création d’un poste tel que le vôtre ? Le maintien du poste est bien sûr soumis à plusieurs conditions : une communauté française immatriculée importante (16.000 personnes en Argentine) et un tissu d’entreprises françaises de taille significative (environ 300 membres de la CCIFA), ainsi qu’un taux de placement satisfaisant. En moyenne, sur quelque 500 CV reçus, j’arrive à
"placer" 75 à 100 Français par an (72 en 2008). La moitié environ s’effectue de manière directe, par envoi du CV à un descriptif de poste ; l’autre moitié relève du
"placement indirect", grâce à la bonne connaissance du réseau d’entreprises françaises que j’ai acquise avec le temps.
En Amérique latine, un poste similaire existe également dans trois autres pays : le Brésil, le Mexique et le Chili.
Pour quels motifs les Français viennent-ils en Argentine ?En général, l’aventure argentine, pour un(e) Français(e), c’est une histoire de cœur (au sens large). Le pays est connu pour son instabilité, son fonctionnement cyclique, l’absence de protection offerte au niveau juridique : on ne vient pas souvent pour s’y enrichir ! On vient car on aime Buenos Aires, les Argentins, on recherche une première expérience de travail, on veut améliorer la langue ou le tango… Et on vient souvent par amour. J’estime que c’est la principale motivation d’environ la moitié des candidats dont je reçois la candidature.
Avez-vous constaté une évolution du profil des candidats depuis la crise mondiale ?En effet, cette année s’esquisse un nouveau scénario, avec l’apparition de nouveaux chercheurs d’emploi et de couples mixtes franco-argentins venus d’Europe.
Beaucoup de candidats sont de jeunes diplômés de 20 à 30 ans, qui, sur fond de crise mondiale et de hausse du chômage en Europe, ont du mal à trouver un emploi. Ils sont attirés par la perspective d’obtenir une expérience de deux à trois ans à l’étranger, de relever un défi personnel et aussi, la possibilité de responsabilités plus importantes qu’en France, où le fonctionnement de l’entreprise reste rigide et fortement hiérarchisé.
A cela s’ajoutent les Français(es) en couple avec des Argentin(e)s arrivé(e)s en Europe après la crise de 2001-02, souvent de bons professionnels. Ils reviennent ici avec leur compagne(on). Pour le Français ou la Française concerné(e), cela n’est pas toujours facile. Il faut s’adapter à un mode de vie différent, dans lequel la famille est beaucoup plus présente, et accepter des rémunérations bien inférieures aux critères français. Souvent, ils souhaitent gagner l’équivalent du SMIC français, mais ici, c’est un salaire élevé pour certaines entreprises, environ 6.000 pesos !
Quels conseils donnez-vous aux candidats à l’aventure argentine ?Informez-vous ! Le site de la
Maison des Français de l’étranger permet de préparer son voyage en amont. Mais j’ai encore souvent un gros travail d’information à effectuer sur les réalités locales. Le salaire moyen des offres qu’on me soumet varie de 2.500 à 5.000 pesos, parfois plus (selon le profil et les compétences) et les congés payés sont limités à deux semaines par an ; en regard de ce revenu, le loyer est élevé et l’inflation rogne les revenus. En outre, la concurrence est vive : la main d’œuvre locale est bien formée et expérimentée. Pas de prime automatique aux candidats français, donc.
En revanche, pas besoin d’avoir fait Sciences Po ni une école de commerce pour trouver un travail. Dans tous les cas, les contacts sont très importants en Argentine, j’invite donc les candidats à me rencontrer ou me contacter.
Je conseille enfin aux intéressés de bien préparer leur installation, sous peine de déchanter rapidement à l’arrivée. Je recommande par exemple un séjour exploratoire de deux à trois mois afin de bien prospecter et d’évaluer le budget nécessaire. Ceux qui s’en sortent le mieux sont souvent ceux qui ont en tête un projet professionnel bien ficelé.
Propos recueillis par Barbara VIGNAUX - (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) le 24 septembre 2009