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| MEDIA - Quatre mousquetaires du féminisme crèvent l’écran |
| Trois questions à Nina |
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Les Thaïes, soumises ? Voilà une idée qui est sur le point de changer ! Sans pour autant abandonner l’angélisme et la coquetterie, ces dames entendent bien se faire respecter. Une émission phare de la chaîne 3 s’est faite leur porte-drapeau. Chaque matin un charmant quatuor distille ce qu’il faut savoir pour que condition féminine rime avec épanouissement
Lire aussi : Du devoir d’information aux campagnes de sensibilisation
De gauche à droite : Pui, Kaï, Nina et Kalamare rassemblent environ un million de téléspectateurs femmes et hommes chaque matin du lundi au vendredi à partir de 8h40 (Photo courtoisie Phuying Toeung Phuying)Parmi les nombreuses émissions adressées aux femmes, Phuying Toeung Phuying (Les femmes aux femmes) rencontre un franc succès. Pourtant, ce programme du matin diffusé sur la chaîne 3 du lundi au vendredi et qui rassemble environ un million de téléspectateurs entre l’heure du petit déjeuner et l’arrivée au bureau, ne parle pas spécialement de shopping, ni des dernières tendances de la mode.
Pendant plus de 45 minutes à partir de 8h40, quatre journalistes passent en revue les informations de ce monde ayant trait de près ou de loin à la condition de la femme.
Imaginée et lancée en 2004 par le Président de Channel 3 en personne, Prawit Maleenont, Phuying Toeung Phuying informe, éclaire, souligne, s’amuse, dénonce, avec pour objectif premier d’amener les femmes à revendiquer respect et équité sociale dans une société où les violences et autres abus sont fréquents et étaient banalisés jusque récemment (voir notre article du 5 mars 2010). Au-delà, l’émission a pour but de sensibiliser la société à l’intérêt de revaloriser le rôle de la femme et la libérer des carcans qui l’entravent et l’exposent aux injustices.
Les journalistes animatrices de Phuying Toeung Phuying travaillent en coulisse avec trois reporters. Elles se réunissent une heure et demie avant le show pour préparer la distribution des sujets (Photo courtoisie Channel 3).|
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Porte-drapeau du féminisme thaïlandais
Actus chaudes, revendicatrices, pratiques, comiques et pathétiques, forment un cocktail détonnant, toujours relevé de l’indispensable touche de "sanook" (fun). Sur le plateau, les rôles sont clairement répartis : Pui, maman épanouie, donne ses astuces et conseils pour être une bonne mère sans pour autant sacrifier à sa vie de femme, et vice-versa. A sa droite, Kaï passe en revue les nouveautés en matière de droit international et local des femmes. Vient ensuite, Nina, qui sélectionne des faits intéressants de l’actualité internationale pour proposer un florilège de nouvelles aussi bien sérieuses que "tendances", ou encore insolites. Tout à fait à droite, Kalamare (prononcer Kalamê) est celle qui n'a pas sa langue dans sa poche. Elle aborde, avec un ton guilleret et la voix gentiment éraillée des personnages prolixes, les tabous et autres sujets qui fâchent - mais néanmoins fondamentaux - que les Thaïs en général, surtout les femmes, n’abordent jamais ou peu. De son nom Patcharasri Benjamas, elle a notamment publié un livre dont le titre en dit long : "Phuchai laewkwa mah lae mai dai ma jaak dao Ungkarn” (Les hommes sont pires que les chiens mais ils ne viennent pas de Mars).
"Nous rappelons systématiquement que [l’émission] relève d’une vraie démarche féministe, destinée à sensibiliser les femmes et leur donner les clés nécessaires pour les amener à se prendre en main", explique Nina, qui a rejoint l'équipe en 2005. "L’objectif de l’émission est de leur permettre d’être des femmes meilleures, plus intelligentes, plus indépendantes".
Le quatuor accompagné du Premier ministre Abhisit Vejjajiva, et du Président de Channel 3, Prawit Maleenont, papa de l'émission, lors lors de la clôture de la campagne "Yout", le 30 novembre 2009, devant les locaux de Channel 3 (Photo courtoisie Phuying Toeung Phuying) Les femmes doivent prendre leur destin en main
Pas vraiment question ici de revendiquer les plates-bandes des "mecs", mais avant tout d’apprendre à ces dames qu’elles ne doivent pas se laisser marcher sur les pieds, que se faire respecter passe avant tout par se respecter soi-même, et aussi que les égards "dus" aux hommes se justifient par le comportement et non par les chromosomes.
"Dans certains cas, les femmes sont exposées aux maltraitances parce qu’elles ne veulent pas être indépendantes, elles refusent de faire face au monde extérieur, elles restent à la maison et se reposent sur un train de vie garanti par leur mari qui, au final, a un fort ascendant sur elles", estime Nina.
"Travailler n’est pas un problème ici. Il y a des choses que les femmes sont capables de faire et d’autres qu’il leur est plus difficile d’accomplir. Mais nous vivons dans une société ouverte d’esprit et, par exemple, les gens n’iront pas dire que les femmes sont incapables de faire telle ou telle chose : il y a [pour les femmes] des opportunités partout".
Pierre QUEFFELEC/Quentin WEINSANTO (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) Lundi 8 mars 2010
Le Premier ministre Abhisit Vejjajiva poste la dernière carte lors de la clôture de la campagne "Yout", le 30 novembre 2009, devant les locaux de Channel 3 (Photo courtoisie Phuying Toeung Phuying).Du devoir d’information aux campagnes de sensibilisation
Phuying Toeung Phuying ne se contente pas seulement d’informer. L'émission utilise depuis 2007 son pouvoir d’audience pour venir directement en aide aux femmes en engageant des levées de fonds et des campagnes de sensibilisation. La dernière en date a été un appel au don déclenché pour venir en aide à une femme défigurée après avoir subi une attaque à l’acide par son mari à qui elle avait demandé le divorce. Face à la recrudescence de cas de violence sur les femmes, la production de l’émission a lancé en septembre dernier une campagne de sensibilisation interactive intitulée "Yout !" (Stop !). Cette campagne de trois mois consistait à demander au public d’envoyer au moins une carte postale en inscrivant les types d’abus qui devaient cesser en priorité. "Nous avons reçu 33.498 cartes envoyées par des femmes mais aussi des hommes qui ont mentionné 48.539 fois des cas d’abus intolérables", se souvient Nina. En tête arrive le viol. "Beaucoup de cartes ont demandé la peine de mort pour les violeurs, d’autres la castration", poursuit-elle. En seconde position, les Thaïlandais ont demandé que les hommes changent de titre, tout comme les femmes, lorsqu’ils sont mariés, ou alors que soit ajoutée sur leur carte d’identité la mention "célibataire" ou "marié", afin qu’ils ne puissent plus mentir sur leur situation matrimoniale. En troisième, vient l’utilisation de l’argent du foyer. "Il faut sensibiliser les hommes à prioriser les dépenses, utiliser l’argent du ménage de manière plus constructive, plutôt que le dépenser en premier lieu dans l’alcool, les sorties, les femmes, etc."
Pierre QUEFFELEC/Quentin WEINSANTO (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) Lundi 8 mars 2010