L’entreprise nationale des pétroles brésiliens (Petrobras) est un mastodonte dont on perçoit la puissance à la densité de ses panneaux publicitaires verts et jaunes à travers le pays. Ce que l’on sait moins, c’est son importance stratégique pour l’économie brésilienne dans son ensemble. Une étude vient combler cette lacune : les achats de Petrobras aux autres entreprises équivalent au PIB du Portugal, de 7 Uruguay, 13 Bolivie ou encore de 16 Paraguay !D’après l’IPEA*, les fournisseurs réguliers du géant pétrolier ont été au nombre de 80.000 entre 1998 et 2007, employant 1,7 millions de salariés, l’équivalent de la ville de Curitiba. C’est 7% de toutes les entreprises industrielles et de service du Brésil. "
7%, c’est un pourcentage étonnant", notent les chercheurs de l’IPEA
, "pour un pays de la dimension du Brésil, avec une économie aussi diversifiée". Un stimulus pour d’autres activitésMais les retombées ne s’arrêtent pas là. Toujours d’après cette étude, les fournisseurs de Petrobras semblent mieux réussir à profiter du marché d’exportation, des avancées technologiques et génèrent plus de bénéfices que la moyenne nationale dans les mêmes secteurs. Elles ont aussi doublé le nombre de leurs employés entre 1998 et 2007, alors qu’ailleurs dans l’industrie et les services, l’emploi n’a crû que de 36%.
Enfin, le niveau scolaire des salariés de ces entreprises est plus élevé que la moyenne, 10 années d’étude contre 8,8 ailleurs. "
Les salaires s’en ressentent, qui sont presque le double, en moyenne générale. Réussir à être inscrit sur les listes de Petrobras, c’est un passeport pour le monde" note Raul Sanzon, qui fabrique des pompes et des centrifugeuses pour l’entreprise d’Etat.
Retombées sociales, stimulus à l’innovation…Il est aussi directeur de la FIRJAN, la Fédération des Industries de l’Etat de Rio de Janeiro. A ce titre, Raul Sanzon s’occupe d’aider les PME à accéder aux commandes de Petrobras. Lucide, il relève d’ailleurs que c’est une arme à double tranchant : "
Pour les petites industries, la dépendance peut être un très grand danger car elles n’ont pas toujours les moyens de diversifier leur clientèle et leurs produits pendant qu’elles sont occupées à fournir Petrobras. Alors si les contrats s’arrêtent…"
Fernanda de Negri, qui a coordonné l’enquête à l’IPEA rebondit :
"La force économique de Petrobras, entreprise d’Etat, devrait donner l’occasion au gouvernement de développer des politiques publiques d’investissements en science et en technologie". Il est vrai que les retombées financières du pétrole qui va bientôt jaillir de la zone dite du
"pré-sal" à 8000 mètres sous le niveau de la mer, permettent ce genre d’hypothèse.
"D’autant que l’Université Fédérale de Rio de Janeiro est déjà aujourd’hui le plus important institut de recherche sur le pétrole au Brésil. Il devrait pouvoir contribuer à faire du pays un important pôle mondial de connaissance en la matière", poursuit Fernanda de Negri.
… Ou bénéfices politiques ?Ce n’est pas absolument évident dans l’esprit de ceux qui s’occupent de gérer les affaires de l’Etat. Dilma Roussef, la candidate désignée par la majorité à la succession du Président Lula l’an prochain, a déjà clairement fait savoir que l’essentiel des ressources du
"pré-sal" iraient aux programmes d’aide sociale comme la
"Bourse-famille" et aux investissements en infrastructures du PAC, le Programme d’Accélération de la Croissance.
Sans compter que Petrobras est aujourd’hui un consortium au sein duquel les équilibres politiques sont délicats et omniprésents : Dilma Rousseff préside le Conseil d’administration, en tant que Ministre de la
"Casa Civil", un poste équivalent à celui de Premier Ministre. Comme elle, le PDG de Petrobras est un membre important du PT, le Parti des Travailleurs, et les directeurs des différentes divisions stratégiques de l’entreprise appartiennent presque tous au PMDB, l’autre parti important de la coalition majoritaire au pouvoir.
Tous ces managers-politiciens sont évidemment très sensibles aux intérêts régionaux de leur circonscription, en cette année d’élection générale. Un état d’esprit pas vraiment favorable à la concrétisation des souhaits de Fernanda de Negri.
Jean Jacques FONTAINE (www.lepetitjournal.com - Brésil) mercredi 10 mars 2010*IPEA : Institut de Recherches Economiques AppliquéesTous les articles de Jean-Jacques Fontaine sur
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