Mardi, 14 Février 2012

Des caractères qui se disséminent en puzzle, des lettres qui permutent au sein même des mots… Le langage est une source d’inspiration inépuisable pour les artistes exposés actuellement au Kunstbüro Berlin.

A l’époque des sms et des chats Internet, la langue est parfois bien malmenée… raccourcie, écorchée, appauvrie, on ne lui accorde plus toujours l’attention qu’elle mérite. Le Kunstbüro Berlin est bien déterminé à remédier à cela. Son arme : une exposition, « La plasticité du langage », montée en partenariat avec la fondation française Hippocrène.

Une oeuvre de l'artiste Jean Daviot

Jeux de mots entre deux artistes

L’idée de la curatrice, Jeanette Zwingenberger, était de mettre en parallèle deux artistes qui jouent avec la langue : Jean Daviot et Max Wechsler. Dans les œuvres du premier, plasticien français dépassant tout juste la quarantaine, les mots se transforment. “Ciel“ devient “Si elle“, le “R“ de “Mort“ tombe, etc. Le tout sur fond de paysages poétiques. “Parfois des mots m’inspirent une image, parfois c’est l’inverse. J’avais envie de mettre en avant cette puissance évocatrice de la langue“, explique l’artiste. Pour Max Wechsler, ce ne sont pas tant les mots qui importent. Cet ancien maquettiste de 82 ans semble ne s’intéresser qu’aux lettres. Découpés, puis assemblés pêle-mêle en un joyeux méli-mélo, les caractères forment une image captivante. “Les lettres ont vraiment un côté plastique. Elles produisent une lumière bien particulière“, commente Wechsler. Et pourtant ce berlinois d’origine aujourd’hui installé à Paris n’a pas la prétention de faire passer le moindre message : “Je suis juste content de pouvoir me servir de lettres pour mes œuvres car je pense que l’écriture est quelque chose de vraiment important“.

Souligner la richesse de la langue
Cette exposition c’est donc bien plus que de l’art. Et la fondation Hippocrène insiste bien là-dessus. Cette institution a été créée à Paris en 1992 afin de contribuer à renforcer la cohésion entre jeunes européens. Le choix du thème de cette rencontre artistique franco-allemande n’est donc pas un hasard. “La langue évoque bien la richesse des différentes cultures européennes“, insiste la directrice de la fondation, Michèle Guyot-Roze. Et à Jean Daviot d’ajouter : “Aujourd’hui on a tendance à tous parler anglais, car c’est le langage du dominant. Mais c’est dommage. Il faut que chaque pays conserve sa langue, car c’est très important pour l’acceptation des différences“. L’artiste français cherche d’ailleurs à nous prouver que nous avons tous un côté babélien. Dans une vidéo où il récite une phrase de Marguerite Duras à l’endroit puis à l’envers, l’artiste prend soudain des intonations inconnues à la langue française. “On a tous les accents du monde quand on parle à l’envers !“, conclut Jean Daviot.
Déborah Berlioz, (www.lepetitjournal.com/berlin.html), vendredi 15 janvier 2010

Pratique : « La plasticité du langage » à voir jusqu’au 6 février 2010 au Kunstbüro Berlin, Uhlandstrasse 162, Berlin.