A l’issue de la rencontre jeudi dernier entre 70 dirigeants de différents pays à Londres pour décider du sort de l’Afghanistan, la décision a été prise de l’envoi de nouvelles troupes militaires sur place pour les 5 ans à venir et d’entamer des négociations avec les talibans. Le point sur les positions française et britannique dans la guerre contre les talibans depuis 9 ans
Le président américain Barack Obama a annoncé en décembre l’envoi de 30.000 soldats en renfort d’ici à l’été 2010 et a demandé près de 10.000 autres militaires aux autres pays de l’Otan. La stratégie irait vers une transition du conflit pour le laisser dans les mains afghanes, pas une sortie de la guerre. Lors de la conférence du 28 janvier, qui a rassemblé le gouvernement afghan, les dirigeants des pays de l’Otan et des pays ayant un intérêt dans la guerre, plusieurs pays ont proposé d’envoyer des militaires additionnels aux troupes présentes ainsi que de l’aide sous diverses formes. 39 pays se sont engagés à fournir quelque 39.000 soldats supplémentaires à la mission que se donne l’Otan en Afghanistan.
Le gouvernement d’Hamid Karzai, fragilisé par une vague d’attentats le 16 janvier sur les bâtiments officiels de Kaboul et par le rejet par l’Assemblée de la majorité des ministres nommés deux jours après, propose un plan de réconciliation avec les talibans. Les forces de sécurité afghanes notamment seront portées à 300.000 d'ici octobre 2011. Selon un communiqué publié par The Times, Kaboul s’engagera à "prendre en charge et mener la majorité des opérations dans les régions à risque dans les trois ans"et à assumer directement la responsabilité de la sécurité "d’ici à cinq ans". Aucun calendrier de retrait des troupes alliées n'a cependant été fixé alors que les talibans déclarent qu’il n’aura pas de négociation possible sans cette première condition.
Suite aux attentats revendiqués du 11 septembre 2001, l’ensemble des pays de l’OTAN avait envoyé des troupes en Afghanistan le 6 décembre de cette même année. Les 113.000 soldats étrangers stationnés depuis en Afghanistan ont essuyé des pertes record en 2009 (520 morts). Le Royaume-Uni s’est prononcé pour l’envoi de 7.000 soldats supplémentaires alors que la France a été plus parcimonieuse et n’enverra que du "personnel non-combattant"évoqué par Nicolas Sarkozy sans en préciser la nature exacte. Un budget de 50.000 millions de dollars, financé par l’ensemble des pays de l’Otan est également prévu pour financer la réinsertion de talibans dans la société civile et politique afghane.
La position française
Engagé dans le conflit afghan aux côtés des Américains depuis 2001, le contingent français déployé dans le pays s’élevait à 220 en décembre 2001, il s’est accru jusqu’à atteindre 3.750 hommes en novembre 2009, tous corps d’armée confondus. La France a perdu 39 soldats dans ses opérations militaires en Afghanistan (bilan au 18 janvier). Obama a demandé à la France l’envoi 1.500 soldats supplémentaires en Afghanistan, qui n’ont pas été accordés. Cependant le ministre de la Défense, Hervé Morin, a évoqué un possible "renforcement de notre aide au développement"et une "aide à la formation de la police ou de l'armée" afghanes, ce qui suppose l’envoi d’équipe de génie civil et de gendarmes.
Après la conférence de Londres du 28 janvier, une réunion de l'OTAN est prévue cette semaine pour décider des renforts que doivent envoyer les membres de l'Alliance en Afghanistan. Une stratégie de sortie de crise est loin d'être évidente et le prochain rendez-vous international sur l'avenir de l'Afghanistan aura lieu à Kaboul en mars ou en avril.
Héloïse Grasset (www.lepetitjournal.com/Londres) lundi 1er février 2010
La position des ONG
L’ensemble des ONG présentes en Afghanistan s’accordent à dire que "la situation s’est régulièrement dégradée, conférence après conférence, depuis celle de Bonn en novembre 2001". Elles craignent notamment que la conférence de Londres du 28 janvier soit sans résultats tangibles. Aujourd’hui, la solution serait pourtant plus politique que militaire. Dans un communiqué de presse commun, les ONG exhortent "le gouvernement afghan et la Communauté internationale à prendre des décisions courageuses et résolues en faveur de la reconstruction et du développement" et à "respecter l’impartialité de l’aide humanitaire".
Propos des ONG extraites du communiqué de presse commun des ONGs : ACF, ACTED, Action Droits de l'homme, Afghanistan Demain, AFRANE, EMDH, MADERA, Médecins du Monde, Mères pour la paix, MRCA, Solidarité laïque, Solidarités, Sport sans frontières et URD