Le "tapas-caña-clope"fait un malheur depuis toujours dans les bars espagnols, au détriment des non-fumeurs, qui subissent la fumée ambiante. L'Espagne souhaite s'ajouter à la liste des pays interdisant totalement de fumer dans les lieux publics fermés. Les médecins exultent, les hôteliers protestent
(Photo Lepetitjournal.com)Le combat anti-tabac en Espagne porte un nom : Trinidad Jiménez, ministre de la Santé. "
L'Espagne est mûre pour l'interdiction de fumer dans tous les lieux publics", déclamait-elle en août 2009. Dans les faits, le pays est déjà doté d'une loi anti tabac, datant de 2006. Elle se focalise surtout sur les lieux de travail, les restaurants et bars de plus de 100 mètres de superficie, les hôpitaux, ...
Cette fois le gouvernement passe la vitesse supérieure. Chiffres à l'appui : le tabac causerait la mort de 50.000 personnes par an en Espagne, ce qui comprendrait 1.400 personnes qui ne fument pas.
Un consensus nécessaireLes Espagnols ne sont pas avares de polémique. C'est donc un vrai pari que s'est lancé Jiménéz, en exigeant un consensus politique sur le sujet. Sans quoi la loi aurait beau passer, elle resterait sans doute inappliquée. Les négociations seraient en bonne voie selon la ministre. La position du PP est moins claire, puisqu'il attend un texte écrit pour juger. Ni texte ni date n'ont été en effet avancées, à part la volonté de boucler le sujet en cette année 2010.
Le gouvernement prend à partie l'opinion publique, en la rangeant de son côté. Les médecins ont quant à eux ouvert un site internet et lancent une campagne de soutien.
L'argument habituel de la comparaison avec l'étranger refait aussi surface pour appuyer la loi : la France, les Etats-Unis, l'Irlande et l'Angleterre n'ayant pas souffert économiquement de l'interdiction, par exemple.
Un chemin semé d'embûchesCependant tout n'est pas rose et le premier obstacle reste les négociations avec le secteur hôtelier. Comme en France à l'époque, ce dernier prédit une hécatombe dans le milieu : 100.000 postes et 40.000 locaux fermeront, si on en croit la Fédération espagnole d'hôtellerie et de restauration. Antonio Aniover, serveur au restaurant El viejo leon, pense qu'il serait insensé d'en arriver à une interdiction totale : "
Nous on fait de la cuisine française par exemple ... Bon, qu'on interdise dans les MacDo qui sont remplis d'enfants je peux comprendre ! Mais chez nous il n'y a pas d'enfants qui viennent, et 90% de nos clients sont fumeurs. Et on a une machine à tabac qu'on va devoir enlever. On peut pas savoir si les gens continueront de venir, mais on a tous peur". Une position que rejoint Neguia Afrasimfi, gérante de la Fromagerie normande. "
On a plein de clients qui téléphonent pour savoir si on peut fumer dans ce restaurant. Pour eux c'est une condition pour venir. On n'est pas les seuls à avoir peur : que va-t-il se passer pour les bars ? Et les discothèques ?"
Les Communautés autonomes représentent le deuxième partenaire réticent. Dès 2006, la Communauté de Madrid avait publié un décret bien plus permissif que la loi nationale. Cette année, les Communautés jouent un rôle décisif dans les négociations. Juan José Güemes (PP), conseiller à la Santé publique de la Communauté de Madrid, pense que le gouvernement fait fausse route. Selon lui, les interdictions n'ont pas de bons résultats, et il serait préférable de défendre les libertés individuelles.
Si vu de l'étranger, la réussite de la mise en place de la loi peut paraître une évidence, le système espagnol est cependant moins centralisé et doit donc prendre en compte les complications. Avec 30% de fumeurs dans la population espagnole, le bras de fer n'est pas forcément gagné d'avance.
Pierre-Yves HUREL (www.lepetitjournal.com) jeudi 28 janvier 2010Lire également :Loi anti-tabac : où en est l'Espagne ?Un tabac contre le tabacPour plus d'informations : Site pro loi anti-tabac lancé par les médecins Plus de chiffres, avec Elmundo.es