Pour continuer notre série d’articles rédigés par les élèves de Seconde du Lycée Français International de Hong Kong suite à leur voyage scolaire au Cambodge, nous vous proposons aujourd’hui un article sur la scolarisation des enfants aux Cambodge
Photo : Asia. Les élèves sont heureuses de venir à l’école
Les portes de l’école Happy Chandara nous ont été ouvertes le temps d’une journée. Trente ans après la guerre civile qui a déchiré le Cambodge (entre 1975 et 1979), des ONG tentent encore de contribuer au développement de ce pays. Pour «Toutes à l’école» et d’autres, la scolarisation des enfants est l’objectif principal.
«Toutes à l’école» est une association qui a décidé de donner la priorité à l’éducation des filles. C’est une ONG qui aide l’école pilote «Happy Chandara» située dans la région de Prek Tmey à 13 km de la capitale, Phnom Penh. Hoa Nguon, vice-présidente de l’association, est une ancienne victime du régime de Pol-Pot. Réfugiée en France, elle a décidé de revenir au Cambodge et de participer activement à la reconstruction de son pays. Vivant sur place, elle a une excellente connaissance du système éducatif et des pouvoirs publics. Tina Kieffer et Catherine Durand, deux journalistes du magazine Marie-Claire, se sont portées bénévoles pour soutenir et s’investir dans cette association. Toutes défendent avec conviction la scolarisation des filles et dénoncent les conditions de vie intolérables des femmes.
Photo : Asia. Hoa Nguon, vice-présidente de l'association «Toutes à l’école»
Instruire les petites filles
L’inégalité face à l’éducation touche d’abord la population féminine. La plupart des filles sont mises sur le marché du travail dès l’enfance. Or une fillette n’ayant pas reçu d’éducation a 80% de risques supplémentaires de subir un mariage forcé, d’être exploitée sexuellement, de souffrir de violences conjugales ou encore, d’élever des enfants sous-alimentés ou analphabètes. En revanche si les femmes sont éduquées, leur pays entier se porterait mieux : baisse de la malnutrition, de la mortalité infantile, de la propagation du SIDA et une meilleure situation économique.
C’est pourquoi cette association s’est donnée comme mission d’apporter aux petites filles défavorisées un enseignement de qualité. Le but est de les accompagner tout au long de leurs études pour qu’elles aient toutes des métiers utiles pour leur pays. Bref, le but est «d’en faire des femmes libres et des mères instruites», nous explique Hoa Nguon. Les Khmers Rouges ont exécuté ou fait fuir 90% des intellectuels. Par conséquent, le pays souffre encore d’une dramatique pénurie d’enseignants. Dans ce pays où 40% de la population est âgée de moins de 15 ans, les filles sont les premières à être évincées de ce système scolaire défaillant. Dans les écoles publiques, les cours sont donnés à mi-temps dans des classes où s’entassent 60 à 80 élèves. Les parents de certaines jeunes filles ne trouvent pas d’autres moyens que de les mettre sur le marché de la prostitution qui, ces dernières années, s’est développé de façon effrayante.
Objectifs poursuivis et atteints
«Le projet «Happy Chandara» s’est fixé plusieurs objectifs», reprend Hoa Nguon. «Quatre d’entre eux ont déjà été atteints : la construction de l’école, son agrandissement réalisé durant la troisième année, les suivis médicaux et nutritionnels des enfants, les dons de riz aux familles pour compenser le manque à gagner étant donné que les fillettes ne travaillent plus dans les champs».
L’enseignement des langues
Les objectifs à court terme consistent tout d’abord à scolariser du CP jusqu’au niveau baccalauréat. Puis à les initier à trois différentes langues : le khmer, l’anglais et le français grâce à un enseignement de grande qualité à temps plein. Les associations veulent aussi apporter une pédagogie qui prend en compte la créativité afin de renouer avec les traditions et les valeurs de la paix et d’égalité dans un pays qui a complètement perdu ses repères depuis le génocide Khmer rouge. Les objectifs à long terme sont de faire évoluer les élèves et de financer leurs études supérieures. Les bénévoles souhaitent reproduire ce projet dans différents endroits du Cambodge où les filles ont rarement accès aux bonnes études.
Photo : Asia
Le bonheur d’aller à l’école
Pendant son intervention, Hoa Nguon nous a confié d’un ton fier : «Tous les matins les jeunes filles sont devant le portail à 6h alors que l’ouverture des portes s’effectue à 7h30. Nous ressentons leur joie d’aller à l’école et leur volonté de bien faire». Ce qu’elle nous dit est en effet confirmé par les sourires constants ainsi que les rires qui résonnent sans cesse dans la cour : nous pouvons percevoir à chaque instant leur enthousiasme. Leur école est en très bon état, les bâtiments sont grands et aérés. Les fillettes sont extrêmement accueillantes et généreuses. Malgré leur manque de moyens, elles nous ont offert leurs propres jouets et même parfois leurs bijoux, ce qui nous a immédiatement mis dans l’embarras. De notre côté, nous avions organisé une collecte de fournitures scolaires à Hong Kong et nous avons apporté une centaine de kilos de cahiers, crayons et autres… Sur place, nous avons donné quelques cours de français et d’anglais, animé des ateliers d’éveil et de jeux, une modeste mais nécessaire contribution à nos yeux.
Cette journée nous a permis à tous d’avoir une vision plus objective de la situation. De nous «ouvrir les yeux» sur la chance inouïe qui est la nôtre… Le simple fait d’aller à l’école. Les émotions nous ont à plusieurs reprises envahis. En effet, le départ de la petite école provinciale a été pour un grand nombre d’entre nous très émouvant. Nous nous sommes aperçus qu’en quelques heures nous nous étions beaucoup attachés à ces enfants remplis de joie, de grâce et de volonté.
Margaux Lyaudet 2nde B (www.lepetitjournal.hongkong/html), mercredi 27 janvier 2010