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En quelques années, l’Italie a réussi à faire baisser son taux de chômage de 3,5 points, contrairement à ses voisins européens. Ce succès repose sur une forte flexibilité, à base de co.co.co & Co. Revers de la médaille, la précarité touche de plus en plus de travailleurs, de plus en plus longtemps
Vignette de la communauté on-lone Generazione 1.000 euros
Claudio, 27 ans, diplômé de l’université, travaille en marketing pour une multinationale à Milan. Une bonne carte de visite. Mais il gagne 1.028 euros par mois. Surtout, il a signé un "contrat à projet", l’exemple type du contrat précaire. Personnage central du blog roman www.generazione1000.com prochainement en librairie, Claudio n’existe pas vraiment. Mais il représente des milliers de jeunes, ceux de la "Génération 1.000 euros", victimes de la flexibilité à l’italienne.
C’est la gauche de Romano Prodi qui a initié cette politique en 1997 en favorisant les CDD et l’intérim. Silvio Berlusconi l’a considérablement renforcée en 2003 introduisant un statut intermédiaire entre salarié et indépendant. D’abord destinés aux professions intellectuelles, ces nouveaux contrats de travail ont très vite touché les jeunes diplômés et les travailleurs moins qualifiés.
Les co.co.co., "collaborations coordonnées et continues", et les co.co.pro., "collaborations continues à projet", les plus fréquents, ne donnent droit ni aux congés payés, ni aux arrêts maladie. Ils peuvent être facilement rompus, selon une "juste cause" ou diverses causes définies au préalable dans le contrat. Les contrats dits "atypiques" ont connu un tel succès auprès des entreprises que l’Italie compte plus de 4 millions travailleurs précaires.
Un taux d’emploi très faible
A première vue, cette flexibilité a constitué une excellente recette anti-chômage. Passé de 11,2% en janvier 2000 à 7,7% fin 2005, le taux de chômage de l’Italie a de quoi faire rêver la France.
Pendant la campagne électorale, Silvio Berlusconi s’est vanté d’avoir créé 1,2 million d’emplois en cinq ans. Cependant, 700.000 postes correspondent en fait à des régularisations de travailleurs clandestins.
En réalité, le taux d’emploi, proportion de personnes disposant d'un emploi parmi celles en âge de travailler, se situe à 56 %, le plus faible du Vieux Continent, bien en dessous de la moyenne européenne de 65%. Enfin, la flexibilité n’a pas permis de réduire le chômage de longue durée, l’un des plus élevés d’Europe.
Pendant la campagne, Romano Prodi a promis de lutter contre la précarité, tout en conservant un niveau de chômage bas grâce à une réduction du coût du travail. Entre flexibilité et protection, la bonne équation semble cependant difficile à trouver. Claudio pourra-t-il, un jour, prendre quelques semaines de vacances rémunérées ? A 27 ans, il ne croit déjà plus aux miracles.
Corentine GASQUET - LPJ Milan - mardi 9 mai 2006 |