L’English National Opera (ENO) propose en février 2010 les deux plus fameux opéras de Gaetano Donizetti : Lucia di Lammermoor, une tragédie romantique, et l’Elixir d’Amour, un conte moral. Après Cosi Fan Tutte de Mozart à la Royal Opera House, la saison opératique est bien lancée à Londres !
Un compositeur prolixe
Mort en 1848 à seulement 51 ans, Gaetano Donizetti composa plus de 70 opéras, une petite trentaine de cantates, une bonne centaine d’œuvres religieuses et d’innombrables pièces pour orchestres, oratorios ou morceaux pour musique de chambre. De tout cela, si nous ne devions garder que deux œuvres, il s’agirait bien de ces deux opéras proposés par l’ENO. Œuvres pleines et complémentaires. Dans l’une, Lucia, l’amour mène à la folie et la mort, dans l’autre, l’Elixir, l’amour est le jeu des mystifications.
Fait chevalier de la Légion d’honneur par Louis-Philippe, lors de son premier passage à Paris, Donizetti y retourna douze ans plus tard pour s’y faire traiter de la syphilis. Sans succès : la maladie de l’amour l’emporta, alors qu’il avait été rapatrié à Bergame, sa ville natale.
L’Ecosse vue d’Italie
Lucia di Lammermoor est une pure tragédie qui, sans discontinuer depuis sa création, a glacé le sang d’un public conquis qui, la larme à l’œil, en attend fébrilement le dénouement : la scène de folie de Lucia et le suicide d’Edgardo. Le livret est basé sur un roman de Walter Scott se déroulant en Ecosse. Le public néophyte s’étonnera parfois d’une certaine kitscherie dans une représentation montrant de valeureux nobles écossais en kilt chantant en italien dans des décors néogothiques. Cela fait partie du charme de l’œuvre ! Et pour s’y préparer, rien ne vaut Il dolce suono chanté par la Callas.
Une larme furtive
Avec l’Elixir d’amour, autre univers, autres mœurs. Nous sommes en pays basque, avec des personnages très proches de la comédie italienne (n’oublions pas que Donizetti, s’il était Bergamasque, a fait sa plus belle carrière à Naples). L’on y croise des soldats, un docteur ambulant et mystificateur, une opulente fermière, un vieil oncle riche et autant de personnages truculents et romantiques. Et l’on y sera attendri à chaque moment par une musique dansante et souple, par ces personnages entiers qui pleurent, rient et aiment. Pour s’y préparer, rien ne vaut Una furtiva lacrima chanté par Caruso. Malgré les grincements et les craquements de cet enregistrement de 1903, nous serons saisis par la beauté pure et simple de la musique de Donizetti.
Jean-Philippe Bottin (www.lepetitjournal.com – Londres) mardi 26 janvier 2010
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