Pendant huit mois, Jean-Frédéric Gauvin n’a pas quitté son vélo, partant d’Oslo, direction la Route de la soie. Une aventure physique mais également humaine, à la découverte de l’autre
Réduire l’expérience de Jean-Frédéric Gauvin à des chiffres serait malvenu. Pourtant, en les étudiant, on se rend compte quel immense défi a relevé cet Auvergnat de 29 ans : huit mois sur un vélo pesant 40 kilos, 831 heures de pédalage entre Oslo et le Kirghizstan, 13.262 km parcourus, des températures de -15 à 56 degrés et des journées jusqu’à 180 km. Des chiffres ahurissants pour un jeune féru d’escalade et de ski, qui a quitté il y a trois ans la France pour s’installer en Norvège, à Oslo. Un bon poste (ingénieur en électronique) mais où il se sent à l’étroit. Pendant un an, il réfléchit à un voyage peu ordinaire : suivre la Route de la soie à vélo.
Un projet au-delà du voyage
Mais pas simplement pour le tourisme ou les désert ou montagnes à couper le souffle : le natif de Saint-Gervais d’Auvergne et son compère suédois qui sera du voyage avec lui pour seulement quelques mois, récoltent avant de partir 17.000 dollars pour mettre sur pied deux projets : "éduquer 35 femmes au Tadjikistan et créer des mielleries dans les villages du pays le plus pauvre d’Asie centrale."Ces fonds serviront à l’EFCA (Eurasia foundation centralasie), une ONG américaine qui transmettra les dons aux ONG locales. Les premières abeilles butinent déjà au Tadjikistan et une ruche sera donnée à chaque habitant au fur et à mesure qu’une nouvelle reine naîtra. Les Tadjiks ont été formés au métier d’apiculteur et découvrent… l’indépendance.
Les élections en Iran, les émeutes en Ingouchie
Au-delà d’un entraînement spécifique (20 heures de ski par semaine dans les dernières semaines avant le départ sans oublier des heures et des heures d’escalade), Jeff affirme qu’avoir : "des bonnes cuisses, ça suffit ! Les débuts ont été compliqués, le temps que le corps s’habitue à faire autant d’exercice. Mais j’ai passé quelques semaines sans pédaler, pour faire un peu de tourisme, pour découvrir le pays." Les pauses se font au gré des paysages, des rencontres, de l’accueil.
D’autant que le périple de Jeff n’a pas été un long voyage tranquille, de la Turquie à la Géorgie, en passant par l’Arménie ou la Bulgarie, essayant de lutter contre la turista, les diarrhées, les coups de chauds… et de pompe, quand le corps dit "stop". "Pour tenir moralement, je me disais : "Tu as dit que tu allais le faire, alors fais-le"".
Même s’il est très loin de ce qui se passe dans le monde, l’actualité le rattrape très vite. En arrivant en Iran, les élections viennent de se dérouler, les émeutes se multiplient. "Les policiers étaient de partout, se rappelle le sportif. Les Iraniens nous ont conseillés de partir, ça a vraiment chauffé." Son visa chinois a été refusé, notamment en raison des problèmes avec l’Ingouchie.
"J’ai compris le sens du mot liberté"
Pour le reste, les deux voyageurs ont été agréablement accueillis, quasiment partout. Ils ont dormi en tente, à la belle étoile, en hamac mais également chez l’habitant, (excepté au Turkménistan où inviter des étrangers chez soi est interdit), Jean-Frédéric gardant même quelques contacts avec des locaux. Même si cette hospitalité peut vite vous dépasser : "Les moments les plus durs ont été en Asie centrale. Les gens viennent vous voir, vous touchent, vous parlent. Etre blanc et avoir un vélo, ça les attire beaucoup. Ils veulent tous te demander quelque chose mais avec la barrière de la langue, c’est compliqué. Et après des heures de vélo, tenter d’expliquer quoi que ce soit, c’est éprouvant." D’autant que dans des pays totalitaires, le dialogue n’est pas facile. "Au Turkménistan, les habitants ne comprennent pas que tu ne parles pas le russe. On leur a appris que le monde entier parlait le russe."
Le jeune homme est devenu au fil de son aventure une personnalité, recevant les honneurs de journaux tadjiks ou d’Asia plus, l’un des sites les plus lus en Asie centrale.
Un de ses amis d’Ankara lui a écrit par mail : "Ce que tu as fait, la majorité d’entre nous ne le fait même pas en rêve." Un rêve que Jeff a concrétisé, comprenant sur son vélo le sens du mot "liberté". Et déjà, il envisage de relier en 2010 Oslo à Bergen, soit 500 km,… à ski. On ne se refait pas !
Marie Varnieu. (www.lepetitjournal.com) mardi 26 janvier 2010