Alors que le PASOK s'apprête à déposer au Parlement un projet de loi prévoyant d'accorder la nationalité grecque aux enfants d'immigrés, l'opposition craint que ces mesures ne participent à accroître l'afflux de clandestins
Antonis Samaras, président de la Nouvelle Démocratie (ND), s'est publiquement opposé au projet de loi proposé par le gouvernement concernant la naturalisation des enfants d'immigrés, le qualifiant "d'illogique et contraire à l'intérêt du pays». D'après lui, de telles mesures ne peuvent que rendre la Grèce encore plus attractive aux yeux des migrants. Elles pourraient même inciter les personnes en situation irrégulière à avoir des enfants sur le territoire grec afin d'obtenir ensuite pour eux-mêmes la nationalité grecque. Antonis Samaras a précisé que si cette loi était votée, elle serait supprimée, dès lors que la ND accéderait au pouvoir.
Concernant la naturalisation des enfants issus de l'immigration, il propose de l'accorder, sur demande, aux enfants ayant atteint la majorité et à condition qu'ils aient été scolarisés en Grèce pendant au moins 9 ans. Il demande également au PASOK de s'inspirer des mesures prises par d'autres pays européens, plus stricts en la matière. « Les Grecs sont un peuple, par une population » a t'il déclaré.
Projet de loi : naturalisation massive d'enfants issus de l'immigration
Le ministère de l'Intérieur a présenté un projet de loi en Conseil des Ministres, le 23 décembre dernier, visant "à instaurer une société de sécurité, de paix, et d’humanité» a déclaré le Premier ministre, Georges Papandréou. Précisant que "les immigrés représentent une grande partie de la productivité de la Grèce, (...) leur intégration sociale et la mise en place de conditions de cohabitation harmonieuse sont le meilleur antidote à la peur et à l’insécurité». Ce projet, qui concernerait environ 250 000 personnes, prévoit la naturalisation des enfants d'immigrés naissant en Grèce à condition que l'un des deux parents y réside depuis plus de cinq ans ou que l'enfant ait été scolarisé dans le système grec depuis 6 ans. En outre, les enfants étrangers ayant atteint la majorité pourront demander la nationalité grecque s'ils ont suivi les trois premières années d'enseignement primaire grec. “Il est insensé de refuser la nationalité grecque à un enfant né sur le sol grec et élevé ici » a déclaré le vice-ministre socialiste chargé de la Protection des citoyens, Spyros Vougias.
Le droit de vote et l'éligibilité aux élections municipales des citoyens étrangers vivant en Grèce depuis plus de 5 ans est également un volet important abordé par le projet. Ainsi que la remise à plat des procédures d’obtention de la nationalité grecque. Une demande de naturalisation devra, par exemple, être traitée par les services grecs dans un délai de 2 ans suivant son dépôt.
La situation des immigrés en Grèce
Pour les migrants, la Grèce est "la porte d'entrée de l'Europe". Originaires d’Afghanistan, du Moyen-Orient, ou d'ailleurs, ils ont rejoint le territoire grec, par terre ou par mer, clandestinement, rêvant de jours meilleurs. Mais la situation est loin d'être facile pour ces immigrés illégaux qui se retrouvent pour un grand nombre, enfermés dans des centres de "rétention"surpeuplés et insalubres. Parmi eux, des centaines d'enfants seuls. Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a d'ailleurs déjà publié un rapport alarmant sur le sujet, préconisant une refonte du dispositif d'asile et l'adoption de mesures de protection des enfants. La Grèce compte actuellement près d'un million d'étrangers.
Laure Cavalin (www.lepetitjournal.com/athenes.html) Mercredi 13 janvier 2010