Les prix de l'essence grimplent. Les compagnies pétrolières reportent la faute sur les marchés mondiaux, mais les chauffeurs de taxis peinent désormais à vivre de leurs courses
La station Total de Monivong affiche ses prix à la hausse (Pha Lina)
Les prix de l’essence à la pompe ont encore augmenté en fin de semaine dernière, une hausse que les opérateurs de stations service expliquent par celle des prix sur les marchés mondiaux, à l’origine de tous les produits pétroliers du Royaume. Dimanche dernier, Caltex, Sokimex et Total affichaient leur essence super entre 4.350 et 4.450 riels le litre (entre 1,04 et 1,07 dollars), après une première hausse de 200 riels appliquée dés mercredi et jeudi. "Nous avons augmenté nos prix jeudi" reconnaissait ainsi dimanche le directeur de Total Cambodge Stéphane Dion. "Le prix de l’essence augmente parce que celui du baril du pétrole brut a aussi augmenté sur les marchés internationaux", explique t-il citant la dépendance du Cambodge au pétrole brut international.
Une hausse globale
Le prix de l’essence asiatique a ainsi atteint son prix le plus haut depuis 15 mois ce vendredi à Singapour. Selon un rapport de Bloomberg, l’essence 92 RON, qui sert de baromètre, a connu une hausse de 5,4% à 90,25 dollars le baril, son prix le plus haut depuis le 7 octobre 2008. Et sur le plus grand centre de commerce du pétrole en Asie, Glencore International AG a vendu 50.000 barils de 95 RON à Total à 90,50 dollars l’unité, un signe que les prix devraient continuer à augmenter dans la région, un rattrapage de la baisse connue l’an dernier. "Si les prix sur les marchés internationaux continuent de monter, nous devrons suivre" avertit ainsi Stéphane Dion. Dimanche, le litre d’essence normal se vendait de 4.100 à 4.150 riels le litre, la fourchette était de 3.900 et 3.950 riels il y a seulement deux semaines. Le super ‘Excellium’ de Total s’affiche comme le plus cher du marché à Phnom Penh à 4.450 riels le litre. A l’en croire son directeur général Chhun Aun, la société cambodgienne Tela devrait elle aussi augmenter ses prix aujourd’hui. "Les autres sociétés ont déjà augmenté leur prix, nous pensons donc à faire de même, mais de combien nous n’avons pas encore décidé", et de se justifier par le fait que les prix sont sous la pression des marchés internationaux. Selon un représentant de Sokimex, qui a souhaité rester anonyme, la hausse des prix de l’essence dans le Royaume est une nécessité en raison de ce qui se passe sur les marchés à l’échelle mondiale.
Le Cambodge ne produit toujours pas de pétrole ni de gaz. Le gouvernement est bloqué dans ses pourparlers avec le géant pétrolier Chevron quant à l’exploitation des gisements offshore du bloc A – la concession la plus à même de passer à une phase de production – mais aucune des deux parties n’a jusqu’à présent communiqué sur l’état des discussions alors que l’accord les unissant précédemment est arrivé à expiration en avril dernier.. Des responsables gouvernementaux avaient déclaré l’an dernier qu’il ne fallait pas espérer attendre un début de production avant 2013, dans le meilleur des cas. D’autres concessions pourraient bientôt produire, mais la situation a été exacerbée lorsque le gouvernement thaïlandais a décidé de s’en remettre à son parlement quant à savoir s’il lui fallait renier un préaccord d’exploitation conjointe avec le Cambodge, une décision qui a suivi la querelle entre les deux pays sur le sort de l’ex Premier ministre Thaksin Shinawatra. L’accord avait été signé en 2001, et était vu comme une première étape vers un partage des revenus de l’exploitation d’une zone offshore du golfe de Thaïlande dont les deux pays se disputent la souveraineté.
De leur côté les conducteurs de taxi cambodgiens se plaignent de leur commerce, mis à mal par la hausse des prix de l’essence. "Depuis début janvier, les prix augmentent tous les jours" explique ainsi Keo Sarat, un taxi de 38 ans basé à Phnom Penh, "je n’ose pas poursuivre mon activité car je ne fais aucun profit." Et s’il espère que les prix vont se stabiliser, selon lui les taxis et autres chauffeurs de tuk-tuk sont désormais nombreux à s’inquiéter de la récente hausse des prix. "Je gagne seulement 20.000 riels par jour" détaille ainsi Heng Vichet, chauffeur de tuk-tuk de 44 ans de la capitale, "ce n’est même pas assez pour couvrir mes frais en essence."
Soeun Say de notre partenaire The Phnom Penh Post
Traduit par SK (www.lepetitjournal.com/cambodge.html) mardi 12 janvier 2010