Mardi, 14 Février 2012
L’équipe du Togo a été attaquée par des indépendantistes alors qu’elle venait d’arriver en Angola pour disputer la Coupe d’Afrique des Nations. Deux membres du staff togolais sont morts mais la compétition a tout de même débuté

(Rédaction internationale) - "Au début, on entendait des mitraillettes et on a cru à des jeux d’enfants. Puis on a réalisé. Tout le monde dans le bus s’est vu mort et a appelé sa famille pour lui dire adieu". La star de Manchester City Emmanuel Adebayor, comme tous les autres joueurs de la sélection togolaise, croit sa dernière heure arrivée quand il voit un soldat monter dans le bus. Mais heureusement, ce militaire angolais est là pour les mettre en lieu sûr.  

Deux membres du staff tués et des joueurs blessés
Vendredi soir, l’équipe nationale de football du Togo se fait attaquer par des rebelles armés alors qu’elle arrive dans l’enclave de Cabinda, une province de l'Angola où se joue la CAN. Après plusieurs rafales de tirs, le bilan est lourd chez les Eperviers, surnom des footballeurs togolais : 2 membres de l’encadrement (le chargé de communication Stanislas Ocloo et l'entraîneur-adjoint Abalo Amelete) sont morts, le chauffeur du bus et le gardien Kodjovi Obilalé, entre autres, sont grièvement blessés.
A l’inverse des autres sélections africaines qui ont pris l’avion, celle du Togo est passée en bus par Cabinda. Malgré la présence de 30.000 soldats pour 600.000 habitants dans cette région angolaise riche de 70% des ressources pétrolières du pays, les rebelles n’ont pas manqué l’occasion de faire un coup médiatique.  

Un territoire riche en pétrole qui attire les convoitises
L’enclave de Cabinda, coincée entre le Congo-Brazzaville et la République démocratique du Congo, était distincte de l’Angola jusqu’à ce que le Portugal colonisateur ne place ses deux colonies au sein d’une même administration en 1956. Au moment de son indépendance en 1975, l’Angola annexe militairement la petite enclave qui, depuis, abrite une multitude de fractions rebelles séparatistes dénonçant le manque d’équité dans la redistribution des revenus pétroliers.
L’une de ces fractions, les Forces de Libération de l'Etat du Cabinda / Position Militaire (Flec-PM), a revendiqué l’attaque de vendredi et affirme avoir prévenu la CAF (Confédération africaine de football) de ses intentions il y a des semaines.

Des matchs vont encore se jouer dans cette enclave
"Si la CAN a lieu, c’est comme si on était des animaux. Comme si la vie de l’homme africain ne valait rien", disait Adebayor peu après l’attaque. Malgré les événements, la CAF et son président Issa Hayatou ont exhorté les sélections à rester dans cette CAN 2010. C’est que l’Afrique du Sud doit accueillir la Coupe du Monde cet été, et l’annulation de la compétition africaine ferait mauvais genre face aux sponsors et au public. "Le football doit rester plus fort que la violence", affirme Sepp Blatter, président de la FIFA.
Le groupe B (Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Ghana) va même jouer ses matchs dans l’enclave de Cabinda. Mais sans les Eperviers du Togo, reparti au pays en avion sur l’ordre de l’exécutif togolais alors qu’ils avaient émis, dimanche, le souhait de participer.
Hier, la compétition a débuté sur un match nul (4-4) qui a donné lieu à un retournement de situation incroyable entre l’Angola qui menait de 4 buts et le Mali. Les rebelles du Cabinda, eux, ont promis qu’il y aurait de nouvelles attaques.
Yann Fernandez (www.lepetitjournal.com) lundi 11 janvier 2010

Capture tv et carte de localisation AFP