Mardi, 14 Février 2012
Une étude américaine a montré que les antidépresseurs auraient le même effet qu’un vulgaire placebo sur la dépression hors cas graves. La France est le premier consommateur au monde de psychotrophes...

(Rédaction internationale)- Une étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie à Philadelphie a montré que les antidépresseurs ne seraient efficaces que pour les personnes atteintes de dépressions sévères. Pour les cas légers et modérés, ils n’auraient pas plus d’effet qu’un placebo. Pour arriver à un tel constat, Jay Fournier et ses collègues ont analysé six essais cliniques comparant l’efficacité des antidépresseurs imipramine (un antidépresseur classique) et paroxétine (une molécule de la famille des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine comme par le prozac) au placebo. Les 718 participants étaient atteints de divers degrés de dépression allant de la forme légère à profonde.

Les antidépresseurs utiles que pour les cas graves de dépression
Les résultats sont sans appel pour le Docteur Fournier "Les véritables effets de ces traitements antidépresseurs par rapport aux placebos ont été inexistants ou négligeables chez les patients souffrant d'un état dépressif léger ou plus prononcé, alors qu'ils ont été très forts chez les malades atteints de dépression très grave". Or, 70% des patients traités par des antidépresseurs sont atteints de dépression légère à modérée.

(Crédits photo: AFP)

Une défaillance dans l’information des médecins

Suite à ces constats, les chercheurs concluent à une mauvaise utilisation des antidépresseurs. "Les prescripteurs, les décideurs et les consommateurs ne sont peut-être pas conscients du fait que l’efficacité de ces médicaments a été en grande partie établie sur la base d’études incluant exclusivement des patients avec des formes sévères de dépression". La gravité de la dépression de ces patients n’étant pas indiquée dans les résultats, l’efficacité des antidépresseurs a donc été étendue à tort à tous les degrés de dépression. Dans une société où chacun désire des effets immédiats, cette surprescrition de médicaments n’étonne d’ailleurs pas. C’est cet état d’esprit qui avait amené l’Etat français a opéré une campagne de publicité sur le message "Les antibiotiques, c’est pas automatique". Et bien, pour les dépressions, c’est le même refrain.

Quelles conclusions à tirer pour les médecins ?
Il est souvent bien difficile de déterminer ce qui relève d’un cas grave ou d’une forme plus légère de dépression. Une prise de sang, une radio ne permettent pas pour une maladie psychique de déterminer si malade il y a ou non. "Nos outils cliniques de diagnostic de la dépression sont fragiles, et il peut y avoir une réelle difficulté à discriminer des symptômes dépressifs d'une dépression d'intensité légère", indique le Pr Jean-Pierre Olié (hôpital Sainte-Anne, Paris). Dans ce cas, il convient, et la Haute autorité de la Santé ainsi que l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé le recommandent officiellement, de ne pas traiter automatiquement à coup d’antidépresseurs à la première consultation. Il souligne d’ailleurs que "c'est rarement une urgence, d'autant que ces médicaments mettent plusieurs semaines pour agir. De plus, ce sont des traitements longs, il faut que le patient comprenne et se prépare". Une durée qui surprend quand on sait qu’un patient sur deux se voir prescrire un traitement de moins d’un mois.

Des résultats à nuancer cependant
Les résultats de l’étude menée par les chercheurs de Pennsylvanie doivent cependant être atténués. En effet, Jay Fournier conclut à une efficacité des antidépresseurs pour les cas légers à modérés équivalente à celle des placebos. Cependant cette étude n’a d’une part été menée que pendant six semaines. De plus, il est avéré que les personnes traitées au placebo rechutent beaucoup plus souvent que les personnes traitées aux antidépresseurs, car dans les dépressions légères traitées au placebo, c’est bien souvent l’attention portée aux patients qui permet une amélioration semblable aux antidépresseurs.
Quand on sait qu’une étude de l’INSEE en collaboration avec l’OMS, parue en décembre 2006, les troubles dépressifs sont un enjeu de santé publique majeur et soulèvent de nombreuses questions de société avait conclu à la multiplication de la consommation d’antidépresseurs par 7 en 20 ans et que dans le même temps, c’est la France qui détient le titre de champion du monde de consommateur de psychotrope, les résultats de l’étude américaine méritent bien réflexion.
En savoir plus :
Article du Figaro- Les antidépresseurs inutiles pour la majorité des patients