Mardi, 14 Février 2012
Eléonore Faucher s'empare du roman autobiographique de Sylvie Testud et explore les souvenirs d'enfance de la comédienne, entre ses deux sœurs, une mère admirable, une famille issue de l'immigration italienne et l'ombre inquiétante d'un père absent

Quand on l'interrogeait petite fille, Sylvie Testud répondait bravache : "Je n'ai pas de père, mais je m'en fiche, c'est comme ça. J'ai une photo." De son enfance lyonnaise entre ses sœurs et sa mère, la comédienne avait tiré un roman, Gamines, paru en 2006.
Eléonore Faucher, réalisatrice du très joli Brodeuse avec Ariane Ascaride en 2004, porte à présent cette histoire à l'écran et reconstitue une vie de famille des années 70 dans un milieu modeste et proche de ses racines italiennes. Il fallait, à cette époque, une forte personnalité pour élever seule ses enfants sous le regard à la fois rude et bienveillant de ses proches. La mère admirable et droite des trois petites héroïnes du film est campée par Amira Casar toujours juste. Les fillettes se distribuent elles les personnalités : espiègle, réfléchie ou artiste et garçon manqué pour Sibylle-Sylvie, le canard blond et la préférée de son parrain.

(Affiche du film)

Tourner avec des enfants

Gamines réunit tous les ingrédients d'une comédie douce amère consensuelle et touchante : il y a la personnalité attachante de Sylvie Testud qui, de film en film, affirme son talent et sa singularité gouailleuse, une histoire de famille et de transmission bousculée, la réalité sociale d'une époque vue par le regard frais de trois petites charmantes. Dans ces meilleurs moments, le film atteint donc une certaine grâce simple et plaisante.
Le dispositif qui fait jouer à Sylvie Testud son propre rôle adulte, entourée par des comédiens incarnant ses sœurs et les autres membres de sa famille soulève également des questions intéressantes sur le brouillage des frontières et des genres, du réel et de la fiction, du statut de l'acteur dans sa propre histoire ... Hélas, des ces matériaux rien ne sort que la plus plate reconstitution. Par ailleurs, le film souffre d'une tendance fâcheuse à souligner, surligner, encadrer ses moindres intentions. Voix off, usage insistant de variété italienne, détails pourtant pertinents du décor, alourdissent sans cesse l'ensemble.
Plus généralement et alors même qu'il met en scène quasiment à chaque plan des enfants, Gamines manque d'enfance, de surprises, de spontanéité. Pour ravissantes et talentueuses qu'elles sont, ces gamines restent néanmoins à chaque instant de jeunes comédiennes au travail.
Jean-Marc JACOB (www.le petit journal.com) lundi 21 décembre 2009

Gamines, Eléonore Faucher (1h47) avec Amira Casar, Sylvie Testud, Jean-Pierre Martins ...
http://www.gamines-lefilm.com/