13,66 milliards de Deutsch Mark dorment encore dans les tiroirs des Allemands. Une manne potentielle pour les commerçants et grandes enseignes, qui organisent ponctuellement des opérations spéciales pendant lesquelles ils reprennent volontiers l’ancienne monnaie. Surtout en ces temps de crise et de consommation au ralenti.
“Videz vos vieilles tirelires, fouillez vos poches de veste, regardez encore une fois sous votre matelas et venez vous assurer de bonnes affaires avec vos derniers Mark !“, clamait le magasin Real, la semaine dernière, sur son site Internet et dans ses lieux de vente. Les 340 enseignes du groupe acceptaient en effet le paiement en Deutsch Mark, contre un rendu de la monnaie en Euros. “Cette opération D-Mark, à l’échelle nationale, avait lieu pour la première fois sous cette forme, indique une porte-parole de l’enseigne. Le but était d’apporter un service particulier à nos clients, en leur permettant de faire leurs achats avec l’ancienne monnaie, étant donné que d’importants stocks sont encore disponibles en Allemagne“.
175,36 millions de billets et 23,95 milliards de pièces
En effet, à la date du 31 octobre 2009, selon les chiffres de la Banque fédérale allemande, restaient encore en circulation 175,36 millions de billets de banque pour une valeur de 6,67 milliards de D-Mark, ainsi que 23,95 milliards de pièces, pour une somme totale de 6,99 milliards de D-Mark. Soit un total de 13,66 milliards de DM !
Au-delà du service rendu, ces milliards dormants représentent donc une aubaine pour tous les commerçants et grandes enseignes allemands, surtout en cette période de consommation morne et de crise économique. Real n’est d’ailleurs pas la seule enseigne chez qui refleurissent des affiches proposant aux Allemands de payer avec leur ancienne monnaie. De grands enseignes comme C&A, de petits magasins ou encore de nombreuses échoppes sur les petits marchés cherchent également ponctuellement à inciter la consommation.
Payer en francs est plus complexe
En France aussi, techniquement et théoriquement, il est encore possible de payer en francs français. Cela se pratique régulièrement chez les petits commerçants, dans les foires commerciales, lors d’opérations là aussi ponctuelles. “Mais cela se fait à leurs risques et péril, celui d’accepter des billets faux ou encore hors circulation“, nuance la Banque de France. Alors que la Banque allemande accepte d’échanger presque sans restriction tous les billets et pièces émis depuis 1948, la France a en effet opté pour un système différent. Depuis le 31 décembre 2008, il n’existe plus que cinq billets en francs encore échangeables, jusqu’au 17 février 2012, ceux appartement à la dernière gamme : le 500F Pierre et Marie Curie, le 200F Gustave Eiffel, le 100F Cézanne, le 50F Saint-Exupéry et le 20F Debussy. Au 31 décembre 2008, la Banque de France estimait la valeur de ces billets à 4,3 milliards de francs. En comptant tous les anciens billets et les pièces que la Banque de France ne reprend plus, la valeur des francs français perdus se chiffrerait donc à plusieurs milliards.
Autre solution pour se débarrasser de son ancienne monnaie : renvoyer par la poste les espèces encore échangeables, respectivement à la Bundesbank ou à la Banque de France, qui restitue la valeur équivalente en Euros. Mais payer dans son ancienne monnaie serait aussi un bon moyen de mesurer et toucher du doigt la hausse des prix depuis le passage à l’Euro…
Gwénaëlle Deboutte (www.lepetitjournal.de), mercredi 16 décembre 2009