Mardi, 14 Février 2012

La Capoeira tient ses origines d’une danse afro-brésilienne, et reste un des arts martiaux les plus beaux et acrobatiques

Démonstration de coup de pied latéral par Michel Ghigo (photo: Louise White)

Certains arts martiaux modernes, le Kickboxing notamment dans sa version moderne plus violente, mettent l'accent sur l'efficacité et l'économie de mouvement. La capoeira n'est pas de ceux-là. En fait, à l’image de gymnastes, les capoeiristas s'accroupissent, tournoient, bondissent, et évitent les attaques avec des retournements spectaculaires, des roulades gracieuses avant de riposter à la vitesse de la lumière dans des postures incroyables. Ce style de combat fait pour le cinéma célèbre l’esthétisme et allie une apparence très élaborée à un objectif guerrier. Le Cambodge a certes un passé riche en sports de combat, mais la tenue de cours de Capoeira à Phnom Penh n’était pas forcément une évidence. De fait comment cet art martial ésotérique afro-brésilien aurait-il pu trouver le chemin du Cambodge ?

Et pourtant depuis le début 2004, un groupe de capoeiristas se rencontre deux fois par semaine pour pratiquer ce sport qui, combinant entrainement et danse, ne ressemble à aucun autre art martial. Puisant ses origines dans les communautés tribales de l’Afrique précoloniale, la capoeira a été développée par des esclaves noirs au Brésil. Sa pratique est très liée à la musique, des musiciens marquant un rythme constant durant les combats, à l’aide de percussions traditionnelles et d’instruments à cordes. Le tout résulte dans un flot gracieux de gestes de combats acrobatiques au rythme des battements. "Ce mélange de la musique et de la danse est vraiment sympa", dit Michel Ghigo, un des premiers instructeurs. "On peut vraiment faire ce que l'on veut". Michel explique que le fond musical de la capoeira a été développé pour permettre aux esclaves de masquer le caractère guerrier de ce sport. "Les esclaves n'étaient pas autorisés à s'entrainer aux arts martiaux, donc ils le cachaient en le transformant en danse". Le mouvement fondamental est le gingha, qui fournit la base des attaques et parades. Pendant les combats, les adversaires vont déplacer leurs pieds dans un espace triangulaire, utilisant une main pour bloquer et l’autre pour frapper. Les attaques viennent sous la forme de coups de pied et de balayages, la défense elle repose sur des techniques acrobatiques d’évitement, avec des roues, des équilibres et même des pirouettes sur la tête.

La capoeira est souvent spectaculaire (photo: Louise White)

Une philosophie noble
Même si la capoeira est techniquement un art martial, ses pratiquants ne visent pas à neutraliser l'adversaire – en fait, il est commun pour le combattant qui domine de ne pas donner le coup de grâce s’il a déjà démontré sa technique, son agilité, et sa supériorité. Michel Ghigo précise même que les capoeiristas n'utilisent pas le mot 'combat', "Nous préférons le terme de 'jeux'". Et parce qu’il s’agit d’une forme de danse, l’objectif est plus d’entrer en harmonie avec l’esprit musical du jeu que de déclencher une agression brutale.

Il y a deux styles principaux de capoeira, la capoeira Angola, dont l’on dit qu’elle est plus 'dansante', et la capoeira régionale, plus proche des origines guerrières de cette discipline. Même si la deuxième forme est la plus commune, la capoeira Kampuchéa utilise des éléments des deux écoles. Le club de Phnom Penh n'est pas formellement affilié à une quelconque fédération internationale de capoeira, et ne respecte pas de grades ou une hiérarchie dans ses rangs.

La salle de formation est dans une petite école maternelle, 'Tchou Tchou', sur la rue 21, à un bloc à l’est de l'Ecole Internationale de Phnom Penh (ISPP) sur le boulevard Norodom. Pour attirer les étudiants, la première leçon est gratuite, chaque leçon supplémentaire coûte 3$ (ou 15$ par mois) – une bonne affaire quand on compare avec les adhésions aux clubs de gym les plus en vue, une expérience plus originale aussi. De plus, découvrir un nouveau sport a toujours un aspect social, "Nous nous entrainons pour être libre, pour jouer et avoir du plaisir avec toute cette musique et tous ces gens", conclu Michel Ghigo.

Bennett Murray de notre partenaire The Phnom Penh Post
Traduit par AO (www.lepetitjournal.com/cambodge.html) jeudi 10 décembre 2009