Mardi, 14 Février 2012
Le procès de John Demjanjuk qui se déroule actuellement à Munich est probablement l’un des tout derniers du régime nazi. 64 ans après la fin de la guerre, c’est une procédure très forte en symboles qui s’annonce contre l’ancien garde de camp d’extermination

Demjanjuk lors de son procès à Jérusalem en 1988 (photo. USHMM Photograph, courtesy of Israel Government Press Office)

Difficile de comparer les procès de Nuremberg à celui qui se déroule actuellement à Munich. John Demjanjuk, aujourd’hui sur le banc des accusés, n’était pas un des dignitaires du régime nazi. Sa défense veut même le présenter comme une victime. C’est donc un procès lourd de sens sur la vision de l’époque nazie qui attire actuellement tous les observateurs.
John Demjanjuk, aujourd’hui âgé de 89 ans, est d’origine ukrainienne. Fait prisonnier par les troupes allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale, il est recruté en tant que « volontaire » pour être lui-même gardien de camp et sera également soumis à un entraînement dans le camp de Trawniki pour devenir auxiliaire de S.S. Ce nom restera pour désigner cette catégorie de gardien. Demjanjuk est accusé d’avoir ainsi officié au camp de Soribor – situé sur le territoire polonais - en 1943 avec une centaine d’autres "Trawniki"sous les ordres d’une vingtaine d’officiers allemands. Il y aurait ainsi participé à l’extermination de plus 27 000 Juifs, ce pourquoi il encourt une peine de prison à perpétuité.

Doutes sur l’identité
Plusieurs difficultés apparaissent dans ce procès : la première porte sur l’identité de John « Iwan » Demjanjuk. Celui-ci, même si il a reconnu avoir officié dans d’autres camps, a toujours nié avoir été à Soribor. Condamné une première fois à mort en Israël en 1988 pour son passage présumé au camp de Treblinka, il avait ensuite été acquitté pour un problème d’identité. Demjanjuk s’était alors réfugié une nouvelle fois aux Etats-Unis où il s’était déjà retrouvé en 1952. Depuis, des documents officiels S.S. ont été retrouvés à son nom, ce qui a permis la réouverture de ce procès et donc l’extradition de Demjanjuk en Allemagne.

Quel choix pour les "volontaires" ?
Deuxième difficulté : la position de Demjanjuk au sein de l’appareil nazi. Loin d’être un dirigeant nazi, lui et les autres « auxiliaires» sont d’anciens prisonniers, en bout de chaîne du système. Il n’est donc pas aisé de déterminer à quel point ceux-ci étaient « volontaires » pour participer à l’horreur de l’entreprise nazie. Un des enjeux du procès sera donc de montrer si Demjanjuk aurait eu la possibilité d’échapper à sa mission. La défense joue également sur le fait que d’autres membres du régime, plus haut placés dans l’échelle de commandement nazie ont déjà été acquittés, ce qui plaiderait en faveur de leur client.

Ce procès est déjà une victoire
Troisième difficulté – et celle-ci influe directement sur la tenue du procès : la santé de John Demjanjuk. Celui qui a réussi jusque-là à échapper à la justice a désormais 89 ans et pas en complète possession de ses moyens. Les médecins ont affirmé qu’il pouvait suivre le procès par sessions de deux fois 90 minutes par jour. Mais mercredi dernier, le procès a dû être interrompu jusqu’au 21 décembre vu l’état de santé de Demjanjuk. Pourtant, pour ses accusateurs, un grand pas a déjà été acquis : le fait de le voir aujourd’hui devant le tribunal est une première victoire pour les familles de victime et le signe que – tôt ou tard - nul ne peut échapper à la justice.
Sébastien VANNIER (www.lepetitjournal.de) lundi 7 décembre 2009

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