Mardi, 14 Février 2012
La réputation de l’enseignement supérieur chinois est fréquemment entachée par des histoires de corruption, de plagiat, ou encore des scandales de faux diplômes. Cible de vives critiques, le ministre de l’éducation Zhou Ji vient d’y laisser sa place


Professeur d’université à Heweifang (Free credit)


Depuis l’an 2000, l’enseignement supérieur chinois a sextuplé ses places d’études, en augmentant ainsi sa capacité d’accueil à six millions d’étudiants. De même, le nombre d’universités a presque doublé, atteignant aujourd’hui près de 1900 établissements : effort remarquable, sous l’angle du volume. La qualité par contre, a stagné, et de vives critiques circulent dans la nation. Elles viennent de coûter sa place au ministre Zhou Ji. Le comité exécutif de l'assemblée du peuple a démis l’intéressé de ses fonctions samedi, en clôture d'une réunion de routine, et promu son adjoint.

Un système vivement critiqué
L’impopularité du système éducatif chinois est en effet monnaie courante alors que d’aucuns le considèrent comme seule voie de progression dans la société. Depuis toujours, on reproche le manque de fonds octroyés à l’enseignement primaire et secondaire. Le système universitaire ou apparenté est quant à lui jugé en total décalage avec les réalités du monde du travail. Tout cela n’est certes pas neuf mais Zhou Ji était devenu le symbole vivant de ses dysfonctionnements.

Son successeur Yuan Guiren tente de répondre à l'un de ces reproches, sur la triche aux diplômes, aux mémoires trop souvent "pompés". Un récent scandale éclabousse un Vice Président de l’université du Liaoning, accusé de plagiat concernant un article de philosophie co-édité avec un étudiant. Celui-ci avait pris sur lui le blâme, et le numéro deux s’était excusé, sans démissionner. Pour éradiquer ce chancre, le Ministère de l’Education a décidé de nommer une commission, présidée par son Vice-ministre Chen Xi.

Cependant pour Xiong Bingqi, numéro deux du centre de recherche pékinois «21. siècle» ces mesures ne suffiront pas. Selon lui, il manque en Chine "une authentique communauté académique", c'est-à-dire le droit reconnu aux universités de s’administrer, de nommer leurs propres cadres, de faire leur discipline de manière autonome. Autrement dit, le régime perçoit parfaitement le problème, mais n’a pas encore les moyens d’y porter la réponse appropriée.


Eric MEYER, Extrait du Vent de la Chine N°38 (www.lepetitjournal.com/Shanghai), mardi 24 novembre 2009