Mardi, 14 Février 2012
Le Centre Pompidou rend en ce moment hommage au peintre du noir, qui réussit à donner ses lettres de noblesse à l'absence de couleurs sur ses toiles. Des premiers tableaux aux plus récents, le musée retrace le parcours en noir et blanc d'une figure majeure de l'art contemporain

Pierre Soulages, le peintre du noir. A 90 ans et après plus de 60 ans de peinture, c'est toujours à une unique couleur qu'est associée l'une des plus grandes figures de l'art abstrait en France. Des premières toiles de l'après-guerre aux derniers tableaux de 2009, ses œuvres n'ont pourtant rien de monochromes.
Né à Rodez en 1919, Pierre Soulages a commencé par peindre au brou de noix sur du papier. Dans la France exsangue qui émerge de six ans de conflit, son art épuré séduit. Goudron sur verre, encre sur toile, il adopte un style qui devient vite sa signature: des lignes et des coups de brosse noirs rayent le blanc, jusqu'à le recouvrir complètement.
Tous sans titres, ses tableaux n'imposent ni lecture ni sensation. Ils ne représentent rien, si ce n'est l'exploration de Pierre Soulages, qui ne cesse de s'étonner des possibilités de ce qu'il crée. « C'est ce que je fais qui m'apprend ce que je cherche », explique t-il alors.  

Se retrouver face à soi-même
« Outrenoir », le mot est lâché. En 1979, Pierre Soulages s'essaye à une pratique inédite, celle d'aller « au delà du noir » en projetant la lumière sur des tableaux entièrement sombres. C'est le reflet de la lumière d'un unique mur blanc qui fait apparaître la force et la brillance du noir dans ses premières œuvres de la période.
De plus en plus fluide, sa peinture coule sur les toiles et reflète la lumière avec bien plus de force que le blanc. Mieux, l'éclairage fait apparaître son épaisseur et sa consistance, ses sillons creusés par des coups de brosses violents, dans ce qui devient un noir habilement sculpté.

Dominé par une dizaine de ces polyptyques intenses, suspendus dans les airs au milieu de la dernières salle, le visiteur se laisse envahir par un sentiment de gravité, mêlé à une introspection sereine. Résonne alors en écho la démarche de Pierre Soulages: « Je crois que je fais de la peinture pour que celui qui la regarde - moi comme n'importe quel autre - puisse se trouver, face à elle, seul avec lui-même. »
Alexia Eychenne (www.lepetitjournal.com) 19 novembre 2009

Soulages, jusqu'au 8 mars au Centre Pompidou
75003 Paris
Métro Hôtel de Ville ou Rambuteau
Renseignements au 01 44 78 12 33
Tous les jours sauf le mardi de 11h à 21h
Nocturnes le jeudi jusqu'à 23h
Entrée 12€, réduit 9€
www.centrepompidou.fr

- Pierre Soulages, Peinture 260 x 202 cm, 1963, © Adagp, Paris 2009
- Pierre Soulages, Peinture 324 x 362 cm, 1985, © Adagp, Paris 2009
- Pierre Soulages, Peinture 324 x 181 cm, 2009, © Adagp, Paris 2009