Le 28 octobre dernier, l’universitaire norvégien Rolf Tobiassen recevait les insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur. Il a confié au petitjournal.com son amour de la culture française et quelques-uns de ses souvenirs. Un parcours passionnant de Musset aux ruelles toulousaines
Nous avons retrouvé Rolf Tobiassen à quelques pas du Théâtre National d’Oslo, un lieu symbolique pour cet homme, épris des langues et du français en particulier. Il était encore tout ému de ses insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur reçus le 28 octobre dernier des mains de Brigitte Collet, ambassadrice de France en Norvège. Ils sont venu distinguer l’engagement constant d’un homme en faveur de la langue française et sa généreuse contribution aux échanges franco-norvégiens. Nous l’avons écouté nous raconter avec passion son parcours, et ses souvenirs de francophile convaincu. En voici quelques morceaux choisis.
C’est dans sa ville natale de Kristiansand que s’est forgée dans les années 1950 la passion de cet homme pour la belle langue de Molière et ceci sous l’impulsion de son professeur de français Fredrik Werring. Rolf Tobiassen se souvient avec émotion de ses premiers cours. Il avait alors seize ans :
“J’ai senti qu’il y avait quelque chose derrière ce qu’il nous disait, un amour pour la culture française. Cela a commencé à m’imprégner“. Après seulement deux ou trois mois de français, Fredrik Werring annonce à ses élèves qu’ils iront à l’Alliance Française réciter des poèmes et c’est ainsi que notre homme légèrement impressionné s’est retrouvé avec une camarade de classe déclamant en public
La nuit de mai d’Alfred de Musset.
De la France, Rolf Tobiassen retient en premier lieu sa richesse culturelle, tout particulièrement sur le plan littéraire. Lors de ses voyages dans l’Hexagone, il est très souvent ému par d’inattendues rencontres ou découvertes comme récemment par la lecture d'un extrait de
Sagesse de Verlaine sur les murs d’un petit restaurant parisien, ce texte qui, alors étudiant, l’avait tant marqué.
Des cloches de Saint-Sernin aux rivages de Kristiansand
Pendant toute sa carrière, Rolf Tobiassen a cherché à transmettre son amour de la culture française tout d’abord comme enseignant dans un lycée, puis comme professeur à l’Université d’Oslo. Par la suite, il s’est attaché à construire des passerelles entre les deux pays :
“J’ai senti que pour assurer la position du français en Norvège il fallait faire autre chose qu’enseigner et c’est pour cela que j’ai voulu inciter des jeunes Norvégiens à venir suivre une formation en France“. Cette idée se concrétise une première fois à Caen dans les années 1980 avec l'aide d'Eric Eydoux puis au début des années 1990 avec la mise en place d’un programme d’échanges à l’INSA de Toulouse. Au début le projet est accueilli avec scepticisme :
“Avec un ami toulousain, Henri Barthet, nous avons acheté des manuels norvégiens pour les professeurs de mathématiques et de physique de l’INSA et nous les avons invités en Norvège afin qu’ils puissent voir comment cela se passait“. Peu à peu, les deux hommes réussissent à convaincre l’administration de l’école de prendre des étudiants norvégiens et rapidement le programme est un succès.

La réussite de ce projet est un grand motif de satisfaction pour Rolf Tobiassen. Toulouse tient d’ailleurs une place à part dans son cœur. La ville rose semble être pour lui une source d’inspiration, de souvenirs et d’émotions inépuisable.
“Pendant un de mes séjours à Toulouse, je faisais la grasse matinée dans un petit hôtel de la rue du Taur quand tout à coup j’ai entendu un son de cloche. Cela éveillait en moi un vague souvenir. J’ai continué à lire dans mon lit. Un quart d’heure plus tard ce fut la suite. Et là, cela m’est revenu : c’était une chanson d’amour en occitan que j’avais apprise en 1958 sur un petit îlot de Kristiansand pendant les cours d’été organisés par Fredrik Werring. C’était un prêtre catholique qui nous avait appris cette chanson“. Rolf Tobiassen s’éclaircit la voix et se met à chanter :
Se canto que canto - Canto pas per you - Canto per ma mio - Qu'ès alen de you. Il nous confie avoir soudain eu l’impression que la boucle était bouclée.
Né à Kristiansand en 1934, Rolf Tobiassen a terminé ses études de lettres en 1960. Après une courte expérience en lycée, il a enseigné à partir de 1962 à l’université d’Oslo et ce jusqu’en 1988 date à laquelle il a pris la direction du
Senter for universitets- og høgskolesamarbeid med Frankrike. En 1983, il a participé aux côtés d'Eric Eydoux à la création de l'Office Norvégien d'Echanges et de Coopération de Caen et en 1998, il a créé à Paris le Centre de Coopération franco-norvégienne en sciences sociales et humaines. Un an plus tard, il était fait Commandeur des Palmes académiques. Rolf Tobiassen est également Docteur honoris causa de l’université de Caen et la liste de ses actions en faveur des échanges universitaires entre la France et la Norvège est longue. Son départ à la retraite en 2004 n’a pas, loin s’en faut, signé la fin de ses activités. Impliqué dans de nombreuses associations, il reste un militant infatigable de la diversité culturelle en général et de la promotion du français en particulier.
Thierry GUENIN (www.lepetitjournal.com/Oslo) jeudi 12 novembre 2009