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Cristian Pîrvulescu, politologue et président de l'association pro démocratie
LPJ – Quelle est votre opinion sur l’état d’avancement des réformes en Roumanie, notamment celle de la Justice?
Cristian Pîrvulescu – Je crois que les réactions à l’encontre de la réforme de la Justice sont jusqu’à présent venues des magistrats eux-mêmes. Les choses sont cependant en train de changer. Nous avons fait des progrès importants que l’on doit en grande partie à la ministre de la Justice Monica Macovei, même si la réforme qu’elle a engagée, avec le soutien du Président Traian Basescu, ne change pas notre système de façon structurelle. Mais c’est une réforme minimale qui reste très importante, et qui a permis de mener des enquêtes sur l’ancien Premier ministre Adrian Nastase ou l’homme d’affaires Dinu Patriciu.
LPJ – En février, le Parlement a rejeté une loi anti-corruption. Il semblerait qu’une majorité de députés ne veuillent pas que les choses changent…
Cristian Pîrvulescu – C’est exact, les députés sont d’accord pour une réforme formelle mais ils ne veulent pas d’une réforme réelle. Cela démontre aussi que le système partitocratique que nous avons en Roumanie (pouvoir détenu par les partis, ndlr) est encore très présent. D’un autre côté, les alliances se font et se défont, tout est très instable, cela dépend de l’enjeu… Je crois que la pression de l’Union européenne est cruciale pour la réussite de la réforme de la Justice. Et le fait que le Président Traian Basescu se soit engagé dès le début dans cette réforme l’a rendu très populaire. Aujourd’hui il n’y a pas d’alternatives politiques à Basescu, il est le seul homme politique à avoir un profil clair.
LPJ – Que pensez-vous des relations entre le Président et le Premier ministre?
Cristian Pîrvulescu – Je crois qu’elles se sont beaucoup dégradées.
LPJ – Parce qu’ils viennent de deux familles politiques différentes?
Cristian Pîrvulescu – Il n’y a pas de familles politiques claires en Roumanie, et je ne crois pas que Basescu appartienne à une famille politique. Si vous regardez “son” parti, le parti démocrate (PD), c’est un paradoxe. Pendant la campagne électorale, le PD s’est affiché comme un parti socialiste, mais depuis janvier 2005 il est entré en état de crise idéologique, sans véritable doctrine. Le parti national libéral (PNL) du Premier ministre est lui surtout néo-libéral. Mais il ne peut pas se comparer aux libéraux démocrates anglais ou au parti réformateur de Belgique car il n’a pas de dimension sociale. Quant au parti social démocrate (PSD), c’est un parti post-communiste, ce n’est pas un parti démocratique ni socialiste mais plutôt un parti gouvernemental. Maintenant qu’il n’est plus au pouvoir, le PSD traverse une grave crise. Il n’existe donc pas de débat idéologique en Roumanie, il est pourtant nécessaire de le créer.
LPJ – Comment définiriez-vous l’électorat roumain?
Cristian Pîrvulescu – Il a besoin du support de l’Etat mais il n’est pas encore capable de formuler clairement ses aspirations politiques. D’après certains sondages, les Roumains sont pour l’économie de marché mais aussi en faveur d’un soutien social. Malheureusement les partis ne sont pas capables de formuler ce besoin de politique sociale, ils sont artificiels et incapables de dialoguer avec la société.
LPJ – Selon vous, la Roumanie a-t-elle toutes les chances de faire son entrée dans l’Union européenne en janvier 2007?
Cristian Pîrvulescu – Les Roumains sont modérément optimistes, ils croient que l’adhésion est possible en 2007 mais ils pensent aussi que la première étape sera difficile. Je crois comme eux que janvier 2007 est une date réaliste, le pays a fait beaucoup d’efforts notamment concernant la réforme de la Justice et la consolidation d’un Etat de droit. Et puis il sera plus simple pour Bruxelles d’exercer des pressions sur la Roumanie si elle est à l’intérieur de l’Union. Après l’adhésion, une véritable réforme politique peut se mettre en place. Sans adhésion, je ne crois pas que ce sera possible. Et le changement des comportements politiques dans le pays est primordial pour la société roumaine.
Propos recueillis par Laurent Couderc (LPJ - Bucarest) mardi 4 avril 2006
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