Au nord de Dublin, entre l’aéroport et le centre ville, des vieux immeubles des années 1960, gris et insalubres, se confrontent aux bâtiments brillants et modernes du nouveau millénaire. Ballymun est une banlieue en pleine rénovation, permettant la renaissance d’un quartier longuement abandonné à la misère.
Le vieil immeuble constraste avec le bâtiment neuf (photo LePetitJournal.com)
“I see seven towers”, écrit Bono du groupe U2 en évoquant Ballymun dans sa chanson Running to stand still. “But I only see one way out*.” Ayant grandi dans l’ombre des tours d’immeubles de Ballymun, Bono témoigne de la vie difficile des habitants de ce quartier. Pour faire face à la sévère crise de logements des années 1960, Dublin met sur pied un nouveau quartier résidentiel au nord de la ville. Là où il n’y avait que des plaines, des tours et de longues barres d’immeubles ont émergé et ont permis l’ouverture de 3.000 logements.
Un enthousiasme vite douché
Plusieurs centaines de familles emménagent avec allégresse dans les nouveaux appartements : "C’est très grand, spacieux. En plus, il y a le chauffage central !", s’exclame une mère de famille. Mais très vite, les habitants de Ballymun déchantent : le quartier est loin du centre-ville et manque d’installations en tout genre. La ville de Dublin avait promis des parcs, une piscine, un centre commercial et des écoles qui n’étaient toujours pas édifiés dans les années 1980. La population de Ballymun se sent excentrée, cloîtrée et mise à l'index. Toutes les conditions sont propices à la naissance d'un quartier aux graves problèmes sociaux.
Les années noires
Le taux de chômage grimpe à une vitesse incroyable : près de 40% dans les années 1980 alors que le Tigre Celtique est en train de se réveiller. La plupart des enfants arrêtent l’école avant 14 ans. Les trafics de drogue, les vols et les violences deviennent le lot quotidien de Ballymun. "Dans les années 1980, près de 500 familles quittent Ballymun", explique Sheena McCambley, urbaniste à Ballymun Regeneration Ltd, une société mise en place par la mairie de Dublin pour orchestrer la rénovation de Ballymun. "Et dans le même temps, des personnes à problèmes de santé ou ayant des difficultés mentales viennent vivre à Ballymun. Le quartier devient une communauté de personnes marginales." De plus, les immeubles construits dans les années 1960 ont très mal vieilli. N’ayant pas été entretenus, les appartements ne sont plus habitables.
Sheena McCambley explique la stratégie de rénovation de Ballymun (Photo LePetitJournal.com)
Le réveil de la mairie de Dublin
En 1997, le gouvernement irlandais ouvre les yeux et regarde en face la réalité de Ballymun : un quartier où la misère s'accroît de jour en jour. La mairie de Dublin décide de démolir les vieux immeubles pour reloger ses habitants dans de nouvelles maisons. Elle met en place un grand processus de rénovation, à la hauteur de l’urgence sociale du quartier.
Les déploiements de la rénovation
"Le projet Ballymun est très dense. D’abord, il s’agit de développer une économie dans ce quartier car la plupart des personnes qui travaillent à Ballymun sont employés dans les services sociaux", précise Sheena McCombley. Depuis 1997, une piscine a été construite, un poste de police, un hôtel, une mairie de quartier, un centre de santé, une salle de spectacle avec à la clef des emplois. "Nous devons apporter du travail et rendre attractif Ballymun pour que des personnes extérieures viennent habiter ici. Créer de la mixité sociale est nécessaire", continue l’urbaniste. La mairie de Dublin a également rendu le quartier plus accessible : près de six lignes de bus passent par Ballymun. Et dans le projet métro, un arrêt est prévu dans ce quartier.
Le centre commercial de Ballymun possède très peu de magasins - (Photo LePetitJournal.com)
Des résultats plutôt positifs
"Le taux de chômage a largement baissé, même s’il est toujours un peu plus haut que la moyenne nationale", annonce Sheena. "Depuis la crise, il y a environ 14% de chômage ici, alors qu’en Irlande, c’est 12%." Le taux de scolarisation progresse doucement et la criminalité semble moins omniprésente depuis qu’un poste de police a été créé dans l’enceinte du quartier. Cependant, il suffit de se balader quelques minutes à Ballymun pour comprendre qu’il y a encore beaucoup à améliorer. Le centre commercial ne possède que quelques magasins de première nécessité éparpillés parmi de nombreuses boutiques désaffectées. Des grandes barres d’immeubles défraîchies sont encore habitées et des groupes adolescents errent sans buts dans les rues. "Nous avons déjà développé beaucoup de choses à Ballymun, mais nous savons que le plus gros est encore à faire", conclut Sheena McCambley.
Manon Loubet (www.lepetitjournal.com/dublin) Mercredi 7 octobre 2009
* "Je vois 7 tours, mais je ne vois qu'un seul chemin vers la sortie".