|
La révocation du ministre de l’Intérieur Dan Nica (PSD) par le Premier ministre Emil Boc (PD-L) semble sonner le glas de la coalition entre les sociaux-démocrates et les libéraux démocrates, au pouvoir depuis fin 2008. Une explosion qui survient à deux mois de la présidentielle, alors que le gouvernement Boc était déjà sérieusement malmené par la crise économique et la colère des fonctionnaires. Alexandru Radu, politologue et professeur à l’université Cantemir, décrypte cette crise gouvernementale, avant tout stratégique{mxc} Le PSD (ici son leader et futur candidat à la présidence en novembre, Mircea Geona) est déterminé à quitter le gouvernement et rompre son alliance avec le PD-L suite à la révocation du ministre de l'Intérieur Dan Nica. (Photo : L.M.)
Lepetitjournal.com – Pourquoi cette crise politique ? Alexandru Radu – C’est une conséquence assez peu surprenante de la façon dont s’est constituée et dont a fonctionné la coalition gouvernementale suite aux élections parlementaires de novembre 2008. Tous les observateurs ont mis en garde contre le danger qui planait sur le gouvernement et sur les risques d’instabilité gouvernementale, malgré l’écrasante majorité détenue par cette coalition au Parlement. Les raisons ? L’historique des relations entre les deux formations et la rivalité entre leurs leaders respectifs, Traian Basescu et Mircea Geoana. Le cas Dan Nica est plus un prétexte, une bonne occasion pour rompre l’alliance que la véritable raison de cette rupture. Tous les politiciens concentrent leur attention sur la présidentielle et cette crise entre les alliés d’hier s’inscrit clairement dans la préparation de cette élection, c’est une stratégie politique. Lepetitjournal.com – Qui en sortira gagnant, le PSD ou le PD-L ? A.R. – Le parti qui a potentiellement le plus de chances de perdre est le PSD. En fait, il est dans une position de perdant depuis qu’il a accepté d’entrer dans cette coalition, dans un rôle de parti secondaire. Ce n’est pas du PSD que vient le Premier ministre, par exemple… Or, depuis 1990, le PSD a toujours été dans un rôle de formation politique dominante, en opposition avec une autre grande formation. Mais jamais en seconde place, comme aujourd’hui. D’où la nécessité d’appuyer sur l’accélérateur pour sortir le plus vite possible de cette position. La rupture était la seule voie de sortie possible, mais aura aussi des conséquences électorales. Lepetitjournal.com – En pleine crise économique, à deux mois de la présidentielle, quelles vont être les conséquences de cette crise gouvernementale ? A.R. – Il est certain que la normalité en politique est toujours préférable, qu’une rupture de l’alliance et la mise en place d’un nouveau gouvernement va avoir un impact sur l’économie, sur le climat politique, et constitue un certain recul. Mais en même temps, l’impact ne va pas être si fort, pas autant qu’il le serait dans un pays ouest-européen par exemple, car la Roumanie est habituée à ce genre de crise politique. C’est même un mode de fonctionnement. Depuis le début, ce gouvernement était en crise et en conflit. Lepetitjournal.com – Il reste moins de deux mois avant l’élection et c’est encore le flou sur les candidats, sur les projets. Pourquoi ? A.R. – Tous les politiciens et notamment les très probables candidats veulent donner l’impression qu’ils s’occupent de choses sérieuses, de problèmes importants. En réalité, ils sont tous focalisés sur l’élection, et à partir du 1er octobre le pays va véritablement entrer en campagne, quand les candidats commenceront à se déclarer officiellement. Les trois principaux candidats, Traian Basescu, Mircea Geoana et Crin Antonescu, se guettent, s’observent, s’attendent avant de donner le vrai feu vert. C’est très symptomatique de la fausseté de la politique roumaine.
Propos recueillis par Marion Guyonvarch (www.lepetitjournal.com / Bucarest) mercredi 30 septembre 2009{mxc}
|