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Jaroslaw Pietras, Secrétaire d´Etat aux Affaires Européennes est un homme de conviction qui, depuis 1990, participe à l´ensemble des négociations relatives à la construction européenne. Il reçoit Lepetitjournal.com pour un entretien dans lequel il analyse les défis polonais en matière d'intégration européenne
Jaroslaw Pietras se réjouit du bon fonctionnement de la "machine polonaise" (photo LPJ)
LPJ : Aujourd´hui, quels sont les principaux enjeux pour la Pologne en matière de construction européenne?
Jaroslaw Pietras : La Pologne a compris qu´elle peut obtenir beaucoup de l´Europe. Néanmoins elle doit aussi respecter les intérêts de l´Union Européenne. Comme un joueur de football, elle doit protéger sa position mais aussi s´insérer dans une stratégie d´équipe. Les Etats membres plus anciens doivent adopter une attitude semblable et travailler avec leurs alliés. LPJ : Un comportement que la France a appliqué à l´égard de la Pologne dans le cadre des discussions sur les perspectives financières avant l´adoption du budget 2007- 2013...
JP : La question du budget n´a pas été seulement une question d´argent. Le budget bloqué en juin 2005 présentait des chiffres identiques à ceux du budget accepté en décembre 2005. En revanche le contenu des discussions a changé et des changements dans le modèle ont été imposés par les pays membres. Grâce à l´alliance franco-polonaise sur la politique agricole commune par exemple, une cohésion a pu être trouvée dans le budget. LPJ : Comment réagissez-vous à la décision française d´une levée progressive des restrictions de l´accès au marché du travail des salariés originaires de Pologne :
JP : J´aurais apprécié une position plus radicale de la France. La libre circulation des travailleurs ne doit pas être perçue comme un problème de dimension économique. Ouvrir son marché du travail, c´est aussi donner envie à tous de s´intéresser à la culture, à la langue française. LPJ : La semaine dernière a été marquée par une série de discussions à Bruxelles autour de l´élaboration d´une politique énergétique commune. José Manuel Barroso, Président de la Commission Européenne, rencontrait vendredi M. Poutine à Moscou. Quelle est votre position sur ce point ?
JP : Un sujet évidemment très important…Certaines décisions de l´Union Européenne n´auront de répercussions que dans un délai égal ou supérieur à 10 ou 15 ans. Or il est nécessaire que l´Europe se dote de moyens, de politiques prévoyant une plus grande réactivité en cas de rupture brutale d´approvisionnement. Nous l´avons vu récemment en Ukraine avec le blocage du gaz, la situation peut évoluer d´une heure à l´autre.
On ne peut exclure l´hypothèse d´une rupture de livraison entre le producteur et le consommateur qui serait le fait d´une catastrophe naturelle, d´une attaque terroriste, ou de pressions politiques.
LPJ : A cause d'une interdépendance plus vaste ?
JP : En effet, la plupart des pays d´Europe de l´Est et centrale sont limités dans leurs sources d´approvisionnement ce qui rend chacun beaucoup plus dépendant. Une situation très diférente d´un pays comme la France par exemple qui s´approvisionne auprès des pays arabes ou qui produit elle-même. Je pense aussi que l´absence de Constitution européenne affaiblit l´Union Européenne. La désignation d´un seul Ministre délégué aux Affaires Européennes aurait permis à l´Union de négocier d´une seule voix avec ses fournisseurs en énergie empêchant ainsi des discussions bilatérales notamment entre la Russie et certains pays. LPJ : Quel bilan tirez-vous en matière de cohésion? Quelles sont les principales orientations prévues dans ce domaine?
JP : Le marché polonais a acquis une certaine stabilité avec un bon taux d´exportations, d´importants investissements européens, une monnaie qui se renforce malgré une conjoncture politique instable. Il existe certes des besoins notamment en matière d´infrastructures routières. Mais ces modernisations seront possibles grâce aux fonds communautaires. LPJ : La Commission a demandé au Gouvernement polonais de clarifier ses intentions pour réduire le déficit public jugé excessif. Quels sont selon vous les leviers que le Gouvernement polonais peut actionner pour satisfaire aux exigences de croissance imposées par Maastricht ?
JP :Tout d´abord, comparée à d´autres pays européens, la Pologne bénéficie d´une très bonne position. Sa dette publique est bien moins importante que ce qui est exigé par les critères de Maastricht. L´inflation est l´une des moins élevées d´Europe et ses taux d´intérêt sont dans les normes. Le problème réside dans le fait que la Pologne a dû engager des dépenses pour réformer son système de retraite. Un sujet à éclairer avec la Commission européenne. Celle-ci aux vues du boom économique attendu en Pologne lui reproche de prévoir un déficit budgétaire trop grand. Des efforts seront faits pour réduire les dépenses. Toutefois, la priorité est pour la Pologne de se développer, de se moderniser pour garantir une croissance saine sur le long terme. Il ne s´agit pas de remplir très vite les conditions imposées par Maastricht. LPJ : Quel est votre sentiment général ?
JP : Je me réjouis du bon fonctionnement de la "machine polonaise". Je travaille chaque jour pour que les pièces s´emboîtent et que l´engrenage tourne parfaitement. Cette machine fonctionne dans et avec l´Union Européenne.
Propos recueillis par Frédérique Llory (LPJ Varsovie) 22 mars 2006
Portrait express
Vendredi dernier Pierre Ménat, Ambassadeur de France en Pologne a remis au nom du Président de la République Française, la légion d´honneur, à Jarolsaw Pietras. Le Secrétaire d´Etat aux Affaires Européennes a débuté sa carrière au GATT en 1990 après des études d´économie. Négociateur de l´Accord européen, conseiller du Premier Ministre pour la préparation de la Pologne aux négociations d´adhésion,il est l´un des pères fondateurs de l´UKIE (Urząd Komitetu Integracji Europejskiej), dont le mécanisme est proche de celui du Secrétariat général des affaires européennes en France.
Il devient en 2004 Secrétaire d´Etat aux Affaires Européennes. Jaroslaw Pietras est avant tout un expert, un fin négociateur, ce qui explique son exceptionnelle longévité dans ses fonctions au delà des alternances. Il parle notamment le français qu´il a étudié en Pologne et en France. Il apprécie la gastronomie, les vins et le sud de la France. (LPJ Varsovie -22 mars 06)
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