|
Le maire de la ville de Buenos Aires, Aníbal Ibarra, a été démis de ses fonctions mardi dernier. Un tribunal (Sala de Juzgamiento) avait été constitué spécialement pour déterminer sa part de responsabilité dans l’incendie tragique de la boîte de nuit Cromagnon, en décembre 2004.
Anibal Ibarra dansait encore le tango l'année dernière. (photo: Esteban MacAllister/Stock Press Files 04/08/2005) Hasta la vista, Aníbal Ibarra... Par dix voix contre quatre, la Sala de Juzgamiento, un tribunal ad hoc, constitué par des membres de la législature de la ville autonome de Buenos Aires, a destitué le maire porteño, après avoir conclu à sa responsabilité dans l'incendie de la boîte de nuit Cromagnon. Ce tragique accident, survenu le 30 décembre 2004, avait fait 193 morts. Anìbal Ibarra sera remplacé par le vice-maire, Jorge Telerman, jusqu'en décembre 2007, c'est-à-dire la fin du mandat de cinq ans en cours.
Il s’agit là d’un verdict historique : jamais encore un élu du peuple, de ce niveau hiérarchique, n’avait eu à subir une décision de justice concernant un mauvais exercice de ses fonctions. Cette destitution est indépendante de l’enquête judiciaire en cours qui concerne Omar Chaban (le régisseur de Cromagnon), le groupe de musiciens Callejeros et de nombreux policiers et inspecteurs de la ville.
Buenos Aires indifférente au sort de son maire
Seuls quelques parents des victimes avaient été autorisés à suivre le vote du tribunal dans la salle de la législature porteña. En silence et en exhibant bien haut les photographies de leurs enfants morts, ils ont finalement éclaté en sanglots et se sont embrassés au moment du verdict final. Le reste des parents s’était réuni dans un café à deux rues de la mairie, où ils ont suivi en direct à la télévision les conclusions du jury.
Cette retransmission n’a pas été très suivie par le reste des habitants. Sauf aux alentours de la mairie, où s’était rassemblée une foule composée de familles et d’amis des victimes, le reste de la ville a montré une certaine indifférence à la destitution de son maire. C'est le match de foot Chelsea-Barcelone, lui aussi diffusé en direct, qui a eu la faveur des téléspectateurs !
Uu parcours politique presque en solitaire
Aníbal Ibarra était maire de Buenos Aires depuis sa première élection en 2000. Il avait instauré une structure de gouvernement verticale, qui le plaçait au centre du système, et lui laissait prendre toutes les décisions finales, qu’il s’agisse de travaux publics ou de sécurité. Les secrétariats concernés étaient constitués en fiefs jaloux de leurs pouvoirs respectifs.
En tant que politicien, Aníbal Ibarra n’avait pas tissé de liens stratégiques avec les divers courants politiques présents dans la législature de la ville qu’il gouvernait. Ses appuis partaient presque exclusivement de l’ex-président radical Fernando De La Rúa –qui l’avait porté à la tête du gouvernement de la ville– et de l’actuel président Nestor Kirchner. Ce dernier n’a d’ailleurs émis aucun commentaire sur la décision judiciaire. Aníbal Ibarra a, lui, estimé que sa destitution se devait à un putsch politique et qu’il ferait appel devant la Cour suprême de justice.
Suzanne THIAIS. (LPJ) 9 mars 2006 Voir l’article du petitjournal.com du 16/11/2005 :
Politique - Aníbal Ibarra saute |