Samedi, 11 Février 2012
Plusieurs associations de lutte contre l'avortement se sont réunies samedi dernier dans toute l'Irlande pour leur rallye annuel. A Dublin, ils étaient environ un millier de personnes à se retrouver à Parnell Square pour défiler avec bannières et slogans rappelant leur soutien à l'interdiction de l'avortement qui est toujours en vigueur en Irlande. Avec Malte et la Pologne, l'Irlande est l'un des trois pays en Europe où l'interruption volontaire de grossesse reste un fait d'exception

Manifestants aux couleurs du mouvement pro-life (photo LPJ)

Une pancarte "Oui à la vie" dans les mains, un jeune prêtre accueille les manifestants à l'entrée du Remembrance Garden de Dublin. Après les avoir orientés vers la table des inscriptions, il leur offre au choix un t-shirt rouge ou jaune, aux couleurs du mouvement pro-life. Il ne reste plus aux participants qu'à choisir le slogan qu'ils porteront : "Europe : garde tes mains loin de nos embryons", "Protégeons la vie : préservons l'Irlande de l'avortement", "Célébrons la vie"... 
Au programme de l'après-midi : prêches enflammés de Brian McKevitt, rédacteur en chef du magazine pro-life ALIVE, concert d'un groupe folk américain et descente de O'Connell Street pour rejoindre le centre ville de la capitale irlandaise. Malgré la pluie, ils sont un petit millier à se prêter au jeu pour défendre la condamnation de l'avortement.


Une loi récente et stricte
La loi irlandaise est l'une des plus strictes en Europe en la matière. L'inscription du Droit à la Vie "des enfants à naître" dans la Constitution irlandaise est intervenue seulement en 1983, à une période où la majorité des autres pays européens dépénalisaient la pratique de l'interruption volontaire de grossesse, à l'image de la France en 1975.
Avec l'adoption du 8ème amendement, dit "Unborn child amendment", l'Etat irlandais protège la vie de l'embryon aussi bien que celle de la femme. Un avortement thérapeutique est toléré en cas de danger de mort pour la mère mais une grossesse résultant d'un viol par exemple ne peut être légalement interrompue.
Au début des années 90, le débat sur l'avortement agite de nouveau la société irlandaise. Enceinte à la suite d'un viol, une jeune fille de 14 ans envisage de subir une intervention en Grande-Bretagne. Mais la Haute Cour de Justice lui interdit le déplacement. La décision provoque un véritable tollé dans la société irlandaise, allant jusqu'à susciter l'intervention exceptionnelle de la Présidente de la République, Mary Robinson. En appel, la Cour Suprême renverse la première décision. La polémique provoquée par ce cas engendre un nouveau référendum, en 1992. Si les Irlandais restent à 67% défavorables à l'avortement, ils valident néanmoins la décision de la Cour Suprême, en se prononçant à 60% pour l'autorisation d'aller à l'étranger pour avorter. En 2002, un nouveau vote est organisé. Les Irlandais demeurent opposés à l'avortement à 50,42 %.
A problème irlandais, solution anglaise

Manifestants à Parnell Square le 4 juillet dernier (photo LPJ)

Pour beaucoup, l'adoption du 8ème amendement est la conséquence directe de l'autorisation de l'avortement en Grande-Bretagne au début des années 1960. Son inscription dans la Constitution rend plus difficile la dépénalisation de l'IVG. Toutefois, l'adoption du "Child unborn amendment"n'empêche pas les Irlandaises d'avoir recours à l'avortement lors de "voyages médicaux" en Angleterre. Au milieu des années 90, l'Etat irlandais estimait à 6.000 le nombre de femmes qui chaque année faisaient le voyage jusqu'en Grande-Bretagne.
Par ailleurs, jusque dans les années 2001-2002, des bateaux-cliniques, affrêtés par le mouvement néerlandais Women in Waves, naviguaient régulièrement au large des côtes irlandaises pour permettre aux femmes d’être opérées en toute sécurité. 




La menace européenne
Derrière sa pancarte : "Europe : garde tes mains loin de nos foetus", David tente de s'abriter de la pluie. Résister aux assauts de Bruxelles est l'un des principal mot d'ordre du mouvement Pro-life irlandais. Avec Malte et la Pologne, l'Irlande est l'un des trois pays européens à ne pas reconnaître l'avortement. 
De son côté, Bruxelles n'a cessé de faire pression sur les pays encore récalcitrants. La Convention Européenne des Droits de l'Homme reconnaît en effet l'avortement comme une liberté fondamentale. Mais le texte n'ayant pas été incorporé au droit irlandais, il n'est pas applicable. Il en est de même pour la résolution du Parlement européen du 2 juillet 2002 qui recommandait à tous les pays membres de l’Union européenne de légaliser l’avortement et de faciliter l’accès aux contraceptifs. Un appel répété dans un rapport en 2008 par la Commission pour l’Egalité de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE).
Le sujet reste indéniablement un enjeu dans le débat public, tant au niveau européen qu'au niveau national. La défense des droits de l'enfant et de la femme dépendent essentiellement des critères retenus dans chaque pays: danger de mort pour certains ou situation de détresse définie par le femme elle-même pour d'autres.


Adeline Haverland (www.lepetitjournal.com/dublin) mercredi 8 juillet 2009