Les singes errants de Phnom Penh ne sont pas les derniers en matière de canaillerie. Cela les conduirait-il, comme dans ‘la Planète des Singes’ à un affrontement avec les humains ?
(Credit Photo The PPP) ‘Avoir un singe sur le dos’, le dicton anglais s’est matérialisé mercredi dernier après qu’un moto-duop de la rue 104 ait kidnappé un bébé singe de sa tribu, entrainant la colère des primates les plus âgés. Rusé, le chauffeur est parvenu à faire descendre le jeune macaque du toit en l’attirant avec de la nourriture. Et c’est lorsqu’il l’a attrapé, qu’une douzaine de singes s’est regroupé sur le toit, comme un commando se préparant à l’attaque. Une foule humaine s’est aussitôt rassemblée sur le trottoir de cette portion du quai bordée de bars et de pubs. Et lorsque ces passants se sont mis à rire, crier et gesticuler, il a semblé à plus d’un que les primates, très agités, étaient prêts à en découdre.
« Il [le chauffeur] voulait juste savoir comment réagiraient les parents du singe, il ne comptait pas le garder » explique Mary Ngim, un témoin de 23 ans qui travaille dans cette rue. Le moto-duop aura tout de même gardé le petit macaque quelque 30 minutes avant de le relâcher, une demie heure qui dure longtemps à l’échelle d’une vie de macaque. Et la bête de débouler dans la rue et sauter sur les échafaudages pour retrouver au plus vite les siens. Pour Edvin Engeland, un norvégien de 44 ans propriétaire du Velkommen Inn, si le kidnapping du macaque était « juste pour le fun », il met toutefois en garde, « les singes se souviennent de celui qui enlève leur enfant ».
Et de fait, les macaques sont très recherchés par les laboratoires de recherche tant leurs similitudes psychologiques et physiques avec l’homme sont grandes. Et pour preuve de leur capacité mémorielle, Mary Ngim raconte que récemment « un chien a mordu un singe qui était tombé d'un toit. Le jour suivant un autre singe a sauté sur le chien et l'a immobilisé à terre. » La horde de singes, qui squatte la rue 104 tous les jours, est connue pour hanter le Wat Phnom, la pagode adjacente, et les centres d’attraction touristiques des alentours désormais envahis par les singes.
En 2007, l’adjoint au gouverneur en charge du district avait placé trois gros macaques sur la liste noire de la police pour avoir mordu des touristes, arrachés du linge et déterrés des câbles internet. « Il y a plus de 200 singes ici mais seulement trois d’entre eux se comportent mal…à l’instar de chefs de gangs » avait alors expliqué Pich Socheata. « Les autres singes ont peur des humains. Mais ceux là non, ce sont eux qui font peur aux touristes ». Les autorités ont d'abord essayé de droguer les perturbateurs en cachant des somnifères dans des œufs, mais les singes ont toujours su se montrer les plus malins. Après plusieurs échecs, le gouverneur a finalement choisi de mettre leur tête à prix, 250 dollars pour chaque fauteur de trouble. Les autorités ont encore redoublé d’efforts après qu’une femme faisant son jogging, ait été blessée à la tête par deux singes rebelles dans la rue 106. Les tueurs à gage auront finalement éliminé un premier suspect de 20 kilos traqué dans un arbre du parc du Wat Phnom quelques jours après.
Les indésirables semblent apprécier la rue 104. depuis environ un an, tous les bâtiments de cette rue à terrasse ont du être recouverts de tôle, car les primates en visite n’avaient de cesse d’arracher les tuiles et de les jeter dans la rue en contrebas. Nathan Green, un des éditeurs du PP’ Post raconte s’être fait voler un appareil photo d’une valeur du 1,000 dollars dans sa chambre du Pickled Parrot, « on les a vu ensuite s’amuser avec », et de reconnaître les avoir lui même vu au travers de sa fenêtre. Un jour Edvin Engeland était au lit avec sa femme Tilda lorsque cette dernière a vu un singe tranquillement assis sur leur balcon en train de manger des mangues. « Il est forcément passé au dessus de nous sur son passage » s’émerveille Edvin, le primate aura dû parcourir une certaine distance dans la guesthouse pour finalement trouver le fruit. « Ils savent même comment ouvrir les robinets » témoigne t-il, se revoyant monter sur le toit vérifier sa citerne et tomber nez à nez sur un singe allongé sur le robinet en train d’engloutir des litres d’eau.
Et de remercier le ciel, « L'année dernière ils étaient plus de 25 à vadrouiller dans le coin, ils ne sont désormais plus aussi nombreux ».
Joel Quenby de notre partenaire The Phnom Penh Post Traduit par LePetitJournal.com-Cambodge jeudi 2 juillet 2009