Mardi, 14 Février 2012
Originaires des différentes villes de Turquie, les conducteurs de calèche envahissent les rues des îles aux Princes une fois la saison chaude bien installée. Bien plus qu’un prétexte pour une balade touristique, les calèches sont avant tout le moyen de transport privilégié par les habitants des îles. Le Petit Journal a rencontré Mustafa, 43 ans et conducteur de calèche depuis 20 ans sur l’île de Büyükada, pour une discussion à petit trot sur la passion de son métier

Mustafa et ses chevaux de huit et douze ans (photo A. Godet)

C’est la passion des chevaux et sa préférence pour les îles qui ont poussé Mustafa à s’installer avec sa famille sur la plus grande des îles aux Princes. Celui qui aime se comparer à un « taxi des îles », passe ses journées entières à arpenter les routes désertées par des voitures interdites à la circulation. Un moyen pour lui aussi de perpétuer la place importante occupée par les chevaux dans la culture turque depuis les Ottomans.

En période estivale, les routes pentues de l'île deviennent de véritables autoroutes, où se croisent sans cesse des calèches. Un libre champ laissé aux chevaux qui ne lui a pas évité un accident, alors qu’il pleuvait à Büyükada. « Le cheval a glissé et est tombé. Je n’avais qu’un cheval, je suis donc descendu pour le relever. Un client est venu m’aider, j’étais vraiment impressionné par sa générosité », raconte Mustafa.

Un métier passionnant, mais à durée déterminée

Un évènement rarissime néanmoins, Mustafa dit d'ailleurs ne pas avoir à se plaindre. Il exerce un métier qui le passionne, pas forcément difficile. « C’est pas fatiguant car on reste maximum 1 heure 30 sur la calèche, après on se repose, les chevaux aussi doivent se reposer », explique-t-il avant d’ajouter « J’aime les chevaux donc je ne pense pas à la fatigue ».

Quand on évoque la question des salaires, Mustafa concède que le vrai problème dans son travail, c’est la durée, « seulement trois mois, la saison d’été. Le reste de l’année, je ne fais pas grand-chose, je consomme ce que j’ai gagné ». Heureusement, il possède sa calèche et ses deux chevaux, donc moins d’intermédiaires à rémunérer. S’il gagne assez bien sa vie, il regrette le renouvellement urbain de la nouvelle municipalité qui rend plus difficile l’hébergement des chevaux et ternit selon lui l’image des îles. Nul doute malgré tout que cet emploi saisonnier particulier a encore de beaux étés devant lui.

Adrien Godet (www.lepetitjournal.com / Istanbul), lundi 29 juin 2009